Actuellement, les rues de Québec sont nettoyées avec de l’eau potable. Toutefois, les travaux réalisés par le Carrefour de l’eau au cours des dernières années montrent que cette réalité pourrait changer dans les années à venir, alors que la Ville de Québec souhaite que des premiers camions d’eau recyclée procèdent au nettoyage.
À deux pas de la Baie de Beauport, le Carrefour de l’eau inaugurait à l’été 2025 une station mobile de recyclage de l’eau, grâce à la collaboration d’H20 Innovation. Puis, à l’été 2026, l’organisation inaugurait un nouvel espace modulaire, afin de faire de la sensibilisation autour de la consommation d’eau.
Quelques semaines plus tard, la Ville de Québec annonçait que les initiatives portées par le Carrefour de l’eau commencent à porter fruit, alors que les médias ont pu assister à une première démonstration de nettoyage de rue avec de l’eau recyclée.
Trou dans la loi
Actuellement, la Ville de Québec utilise, pour procéder à ses opérations de nettoyage des rues à l’automne et au printemps, de l’eau potable. Plusieurs enjeux, notamment au niveau législatif, empêchent les municipalités québécoises d’utiliser un autre type d’eau, comme de l’eau recyclée.
«On est dans un processus actuellement, de réalisation d’un protocole, avec le gouvernement du Québec, pour démontrer que de recycler de l’eau, c’est possible. Et de la redistribuer ensuite à des joueurs industriels, ce devrait être quelque chose de régulier aujourd’hui dans notre société. Parce que ce n’est pas permis aujourd’hui malheureusement. Il y a une loi sur les eaux usées, il y a une loi sur l’eau potable. Il n’y a pas de loi sur l’eau recyclée», explique Alexandre Guindon, directeur général du Carrefour de l’eau.
Pour lui, la Ville de Québec envoie un «signal très, très fort», en montrant «qu’il n’y a aucune bonne raison d’utiliser de l’eau douce, de l’eau potable, pour nettoyer des rues». Cette eau recyclée pourrait aussi servir à d’autres usages, comme l’arrosage de plantes ou le nettoyage d’équipements industriels.
Les premiers résultats montrent que la qualité de l’eau répond aux normes pour ces diverses activités.
Opération à long terme
À très court terme, une très faible partie des rues de Québec pourra être nettoyée avec de l’eau recyclée, estime le maire de Québec Bruno Marchand. Pour lui, le «premier pourcent» sera le plus difficile à aller chercher.
Et les investissements devront suivre. La première phase du Carrefour de l’eau, lancée officiellement en avril 2025 à la station de traitement des eaux usées de l’est, représente un coût de 7,3 M$, assumé par la Ville de Québec, le gouvernement du Québec et des partenaires privés.
Pour l’instant, les coûts totaux estimés du projet du Carrefour de l’eau tournent autour de 200 à 300 M$, notamment pour construire des infrastructures dédiées ou adapter des camions.
Tout ça, c’est sans compter l’adaptation des infrastructures souterraines, qui doivent être remplacées dans les prochaines années. Une priorité partagée par plusieurs municipalités, qui réclament des milliards de dollars pour mettre à jour les réseaux d’aqueduc et d’égouts.
Mais les gains seraient importants, selon Frédéric Dugré, président-directeur général d’H20 Innovation, qui vend déjà ce type de technologie ailleurs dans le monde.
«[Il faut] essayer d’imaginer une municipalité où l’industriel pourra venir s’approvisionner d’eau recyclée, […] surtout pour désengorger et permettre plus de développement urbain, plus de développement économique sur les infrastructures déjà existantes», souhaite M. Dugré.
Ailleurs dans le monde, on utilise de l’eau recyclée, comme à San Diego et dans le comté d’Orange, en Californie, ou à Singapour.
«Même si on est au pays de l’eau douce, on est au pays de l’eau potable, on [doit faire] en sorte d’agir avec sobriété, à la fois parce qu’il y a des coûts, mais aussi parce qu’on a un devoir d’exemplarité et de diminuer notre consommation», ajoute le maire Marchand.
Processus
De manière plus technique, l’unité mobile du Carrefour de l’eau reçoit d’abord une partie de l’eau usée normalement rejetée vers le fleuve.
«Nous, on en prend une petite partie et on l’amène ici, dans le container, pour la transformer et la rendre pratiquement potable», explique Frédéric Dugré.
Par la suite, des processus de filtration, d’osmose inversée et de désinfection se mettent en branle, afin de retirer les différents contaminants.
«Une qualité de l’eau qui est certainement équivalente, ou sinon mieux, que de l’eau potable», soutient le PDG d’H20 Innovation.
Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou