Un immeuble patrimonial de la rue Saint-François Est menacé de démolition

Depuis le 22 avril dernier, un périmètre de sécurité est installé devant le bâtiment situé au 616-622, rue Saint-François Est, puisque sa façade avant serait à risque d’effondrement. Devant le refus répété du propriétaire d’effectuer des travaux de maintenance, la Ville demande maintenant à la Cour supérieure l’autorisation pour procéder elle-même aux travaux, qui pourraient se rendre jusqu’à la démolition.

Construit quelque part entre 1845 et 1850, l’immeuble se trouvant au 616-622, rue Saint-François Est avait échappé aux grands incendies du quartier Saint-Roch de 1866 et 1870, selon le Répertoire du patrimoine bâti de la Ville de Québec.

Toutefois, il pourrait ne pas résister à l’épreuve du temps ni à la négligence de son propriétaire actuel, qui a refusé de procéder aux travaux nécessaires au maintien du bâtiment au cours des dernières années.

Dans un sommaire décisionnel datant du 17 juin 2026, le Comité exécutif autorise la Ville à «intenter des procédures judiciaires devant la Cour supérieure en vue d’ordonner l’exécution des travaux requis pour assurer la sécurité des personnes ou, s’il n’existe pas d’autre remède utile, la démolition d’un bâtiment situé aux 616 à 622, rue Saint-François Est».

Amendes, inspection et intervention d’urgence

Avant l’intervention d’avril 2026, le propriétaire Nicolas Marin, inscrit au registre foncier en 2008, avait déjà reçu trois amendes, en 2023 et 2024, pour un montant totalisant 10 000$. Au printemps 2023, la Ville de Québec lui indique notamment que l’immeuble est dans un «mauvais état» et lui demande de «procéder à des travaux de maintenance, sans succès.»

Sur un avis de réclamation disponible en ligne, on peut lire que le propriétaire a notamment reçu une amende de 5 000$. Ce montant plus élevé que la norme minimale pour une telle infraction, établie à 1 000$, s’expliquait notamment par le «défaut d’avoir donné suite aux recommandations ou aux avertissements». On rappelait également que l’immeuble se trouve dans un «secteur patrimonial, historique ou sur un territoire visé par la compétence de la CUCQ [Commission d’urbanisme et de conservation de Québec]».

Au printemps 2026, une intervention plus drastique devient nécessaire.

«Plusieurs démarches ont été entreprises au fil du temps afin d’amener le propriétaire à corriger les problèmes récurrents d’entretien observés. Malgré ces interventions, la situation n’a pas été régularisée et l’état du bâtiment a continué de se détériorer», précise François Moisan, porte-parole de la Ville de Québec.

Le 21 avril 2026, un inspecteur de la Ville procède à une inspection de routine de la structure. Il «constate une importante accumulation de glace à l’intérieur du bâtiment, sur le plancher du rez-de-chaussée.»

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«Selon ses observations, un ou plusieurs tuyaux auraient éclaté et le débit d’eau constant aurait couvert le sol, puis gelé pendant l’hiver, créant une couche de glace très épaisse, allant par endroit jusqu’au plafond», peut-on aussi lire dans le sommaire.

Le lendemain, le Service de protection contre l’incendie de Québec (SPCIQ) se rend sur les lieux. On interrompt l’alimentation en eau et en électricité et on procède à l’évacuation du bâtiment. Les pompiers barricadent ensuite l’endroit, afin d’éviter les tentatives d’intrusion. Ce périmètre de sécurité est toujours en place trois mois plus tard, bloquant le passage des véhicules entre les rues de la Chapelle et du Pont.

Au moment de l’intervention, les trois logements étaient vacants. Le porte-parole du SPCIQ avait alors indiqué à Monsaintroch que le bâtiment semblait «un peu à l’abandon».

Risque d’effondrement

La même journée, un ingénieur de la Ville vient inspecter la structure. Dans son rapport préliminaire, déposé le 7 mai 2026, celui-ci «conclut, entre autres, que la surcharge causée par le poids de la glace est susceptible d’entraîner une défaillance structurale».

Il indique également que la façade avant de l’immeuble «présente un risque de détachement».

«Selon l’ingénieur, le bâtiment est à risque d’effondrement partiel vers l’extérieur, représentant un danger réel et immédiat pour le public et les intervenants d’urgence», précise le document adopté par le comité exécutif.

Toutes ces raisons ont mené à l’installation d’un périmètre de sécurité devant la façade et à la fermeture de la rue. Par ailleurs, comme le propriétaire s’opposerait à «toute demande d’inspection de la Ville», celle-ci estime que «rien ne permet d’espérer sa collaboration en vue de sécuriser le bâtiment».

Demande d’ordonnance

Si la Ville estime que l’état d’un immeuble «peut mettre en danger des personnes», elle peut recourir à la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme pour demander à la Cour supérieure du Québec d’ordonner au propriétaire la réalisation de travaux, afin d’«assurer la sécurité des personnes».

Et «s’il n’y a pas d’autre remède utile», la Cour peut aussi demander la démolition de l’immeuble.

Si le propriétaire refuse de se conformer aux ordonnances, la Ville peut obtenir l’autorisation de procéder elle-même aux travaux, ou même à la démolition, le tout aux frais du propriétaire.

«Advenant un jugement favorable à la Ville, un délai devra être accordé au propriétaire pour réaliser les travaux ordonnés avant que la Ville puisse intervenir elle-même, le cas échéant», rappelle le porte-parole de la Ville.

D’ailleurs, si le processus se rend jusqu’à cette étape, le coût des travaux devient alors «en faveur de la Ville, une créance prioritaire sur l’immeuble». Ainsi, la Ville serait payée avant d’autres possibles créanciers, mais elle devra quand même prévoir les sommes requises pour démolir le bâtiment.

Immeuble toujours vacant dans Saint-Sauveur

Le 22 avril dernier, le SPCIQ s’est également rendu au 452-456, rue Signaï, tout juste au coin du boulevard Charest. L’immeuble est inscrit au Rôle d’évaluation foncière sous le nom de Claude Marin, mais celui-ci serait décédé l’été dernier. Des documents domiciliaient Nicolas Marin à cette adresse, lors de l’émission des premières amendes.

Le bâtiment situé à l’adresse 452-456, rue Signaï, aurait été construit entre 1898 et 1910.
Crédit photo: Simon Bélanger

L’événement a aussi mobilisé des équipes du Bureau de la sécurité civile, de la Prévention incendie et de la Gestion du territoire, selon François Moisan. Là aussi, un ingénieur a constaté plusieurs problèmes, «notamment en matière de salubrité, d’infiltration d’eau, d’installations électriques ainsi que des indices de possibles problématiques structurales».

«Les occupants présents, soit un locataire et le propriétaire, ont été évacués. L’électricité a été coupée par Hydro-Québec et l’alimentation en eau a été interrompue par le Service des travaux publics. Des mesures de sécurisation ont également été mises en place, notamment un bloc de béton de type Jersey et la fermeture du bâtiment conformément aux recommandations de l’ingénieur de la Ville», précise le porte-parole de la Ville de Québec.

Lors de notre passage sur les lieux, la façade donnant sur le boulevard Charest arborait quelques graffitis et le bâtiment semblait laissé à l’abandon.

L’arrière du bâtiment situé au 452-456, vu depuis le boulevard Charest. Quelques graffitis sont aussi visibles sur le côté.
Crédit photo: Simon Bélanger

Cet article bénéficie du soutien de l‘Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Source : Monsaintsauveur (Monquartier) — Saint-Sauveur

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