La météo aurait pu avoir raison de la soirée. Mais le spectacle Sors tes grands airs, présenté hier soir à la Place Jean-Béliveau, a bel et bien eu lieu. Hormis une courte averse pendant une seule pièce, le public a pu profiter d’un concert de 90 minutes sans avoir à braver les intempéries.
La pluie a pourtant semblé avoir fait son œuvre. La foule réunie pour l’occasion était relativement modeste, surtout lorsqu’on la compare à celle du grand concert de l’Orchestre symphonique de Québec présenté au même endroit le mois dernier. Il était dommage de voir une production de cette ampleur devant un public aussi restreint.
Car les ingrédients étaient réunis pour rejoindre un large public : un orchestre imposant, un chœur, dix chanteurs d’opéra et un répertoire composé de certains des airs les plus célèbres du genre.
La pluie fait fuir le public, pas les grands airs
Condensé et légèrement écourté, le spectacle a tout de même offert un tour d’horizon de l’opéra. Les dix chanteurs (cinq hommes et cinq femmes) se sont succédé sur scène, chacun disposant de son moment pour briller. Tous vêtus de leurs habits de gala, ils apportaient à la soirée une certaine idée de l’opéra, faite de grâce, de panache et d’une impressionnante maîtrise de la voix.
L’orchestre, dirigé par le chef Jean-Marie Zeitouni, réunissait des musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec et des Violons du Roy, auxquels s’ajoutait le Chœur de l’Opéra de Québec. Cette formation d’un soir donnait au spectacle une ampleur particulière. L’animation était assurée par Misha Horswill.
Carmen, l’opéra sans mode d’emploi
La première moitié, consacrée à l’opéra francophone, permettait rapidement de constater une chose : il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste pour apprécier l’opéra.
Roméo et Juliette a ouvert la soirée avec son chœur, avant que la soprano ne fasse résonner « Ah ! Je veux vivre ». Puis sont venus Le Cid, Samson et Dalila et surtout Carmen, probablement l’opéra francophone dont les airs sont les plus immédiatement reconnaissables.
Comme le rappelait Jean-Marie Zeitouni, Carmen est joué quelque part dans le monde pratiquement chaque jour. À entendre les toreadors, le chœur et la mezzo-soprano Julie Boulianne dans L’amour est un oiseau rebelle, puis le fameux « Prends garde à toi », difficile de ne pas constater à quel point ces airs sont familiers au grand public.
C’est précisément là que Sors tes grands airs trouvait l’un de ses principaux atouts. L’opéra n’y apparaissait pas comme la chasse gardée d’un public de connaisseurs, mais comme un répertoire dont plusieurs mélodies font déjà partie de la mémoire collective.
Faire la barbe à Dame Nature
Plutôt clémente durant les 45 premières minutes, la météo s’est finalement gâtée pendant Toréador. Au propre comme au figuré, le matamore baryton Philippe Addis a donc dû prendre le taureau par les cornes pour garder le public sur sa chaise.
Mais la véritable crainte de voir le spectacle être interrompu est arrivée avec Largo al factotum, l’un des grands airs du Barbier de Séville. Une véritable averse s’est abattue sur la Place Jean-Béliveau, faisant apparaître les imperméables et poussant quelques spectateurs à plier leurs chaises de jardin.
Hugo Laporte n’a pourtant pas laissé la pluie lui voler son moment. Le baryton a poursuivi son interprétation sous l’averse. La scène aurait pu devenir inconfortable, voire détourner l’attention du public. C’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Une fois l’air entonné, il devenait difficile de décrocher du spectacle, et donc de quitter son siège.
Aussi rapidement qu’elle était arrivée, l’averse est repartie. Pas une autre goutte n’est venue perturber la suite du concert.

Crédit photo: Christophe Gagnon-Fortin
Des airs inconnus… jusqu’à la première note
La deuxième partie faisait place aux grands succès de l’opéra italien. C’est là que le spectacle a peut-être réussi le mieux son pari de rejoindre le grand public. Certains titres peuvent sembler réservés aux initiés lorsqu’ils sont simplement inscrits sur un programme. Dès que les premières notes retentissent, toutefois, la réaction peut être immédiate : « Ah oui, je la connais, celle-là! »
C’est notamment ce qui s’est produit avec la soprano Guylaine Girard dans O mio babbino caro, puis avec la soprano Carole-Anne Roussel dans La Wally. Le ténor Andrew Haji a ensuite offert une interprétation de Nessun dorma, tiré de Turandot de Puccini, qui lui a valu une ovation debout.

Crédit photo: Christophe Gagnon-Fortin
La Traviata, avec Sempre libera, a ensuite offert une finale à la hauteur de la soirée, avant que le French Can-Can ne vienne refermer le tout avec une dernière dose de panache.
Au terme de ces 90 minutes, le constat est difficile à contester. Sors tes grands airs avait tout pour attirer une foule plus importante. La météo aura finalement davantage pénalisé l’affluence qu’elle n’aura perturbé le spectacle, qui réunissait orchestre, chœur, chanteurs et répertoire accessible. Ceux qui ont bravé les nuages auront découvert que l’opéra est peut-être beaucoup moins intimidant qu’ils ne le croyaient.
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou