La décision de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) de confier au Port de Québec l’évaluation environnementale du projet de terminal de conteneurs de QSL à la Baie de Beauport déçoit plusieurs résidents. Des organismes se mobiliseront pour faire valoir leurs préoccupations dans le cadre du processus consultatif à venir.
La Table citoyenne Littoral Est et des conseils de quartier souhaitaient que l’AEIC encadre le processus.
Selon le président du Conseil de quartier de Maizerets, Martial Van Neste, l’agence fédérale aurait offert un cadre plus indépendant.
« Nous, on avait plus confiance [en l’AEIC] parce que c’est une instance plus indépendante et plus détachée du dossier », explique-t-il.
David contre Goliath
Dans le cadre de l’évaluation du projet Laurentia, l’AEIC avait prévu des sommes pour permettre à des organismes de participer aux travaux et de préparer leurs mémoires, rappelle Martial Van Neste.
« L’AEIC reconnaît qu’un grand projet, pour des organisations, c’est David contre Goliath », souligne le président du Conseil de quartier de Maizerets.
Cette fois, les groupes devront compter sur l’implication des citoyens.
« Ça va être un travail bénévole », note M. Van Neste.
À ses yeux, le rapport de force demeure inégal.
« On n’est pas à armes égales, là, face à une compagnie », résume-t-il.
« Ce n’est pas impartial »
La Table citoyenne Littoral Est estime que « le Port est juge et partie dans le dossier », puisque son rôle consiste à développer les activités portuaires et à générer des revenus supplémentaires.
« Ce n’est pas impartial et ce n’est pas égal non plus », affirme le porte-parole, Daniel Guay.
La Table s’était dite « déçue et choquée » de la décision rendue le 10 août dernier par le président de l’AEIC, Terence Hubbard.
Le député de Jean-Lesage et co-porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti, a aussi reproché au Port d’être « juge et partie ».
Préoccupations environnementales
Martial Van Neste soutient que le secteur de la Basse-Ville part déjà avec un niveau de pollution élevé. Plusieurs rapports ont documenté la situation, dont le Rapport sur le portrait de la qualité de l’air du secteur Limoilou-Basse-Ville et le rapport Mon environnement, ma santé.
Le premier faisait état de concentrations de particules fines PM2,5 parmi les plus élevées au Québec à la station de mesure du Vieux-Limoilou et identifiait plusieurs sources de pollution, dont les activités industrielles et portuaires ainsi que le transport routier, ferroviaire et maritime. Le second documentait l’exposition de la population aux contaminants atmosphériques et leurs effets sur la santé.
L’état actuel de la qualité de l’air devrait être considéré comme une donnée de départ dans l’évaluation des impacts du projet, plaide M. Van Neste.
« On est déjà une zone sacrifiée, on est déjà une zone difficile », insiste-t-il.
Le camionnage constitue une autre source d’inquiétude. Le président du Conseil de quartier de Maizerets craint une augmentation de la circulation de véhicules lourds dans le secteur, où se trouve aussi le chantier du méga-hôpital.
Le porte-parole de la Table citoyenne Littoral Est, Daniel Guay, note qu’une pancarte recommande aux camionneurs d’emprunter l’autoroute Dufferin-Montmorency plutôt que le boulevard Henri-Bourassa, bien qu’il n’y ait véritablement « aucun contrôle par rapport à ça ».
Le transport ferroviaire soulève aussi des questions. La voie ferrée traverse un secteur résidentiel et passe notamment près d’une garderie.
« Le train, c’est quand même moins pire que le camion, mais ce n’est pas sans impact », nuance M. Van Neste, qui évoque les effets du bruit.
Les prochaines étapes
Le projet devra franchir les différentes étapes du Processus d’évaluation et d’atténuation des impacts (PEAI) avant qu’une décision finale puisse être prise.
Une firme indépendante mandatée par QSL réalisera l’évaluation des effets environnementaux. Une seconde firme externe, retenue par l’Administration portuaire, procédera ensuite à un examen indépendant du dossier.
Le maire Bruno Marchand se montre confiant quant au processus qui sera mené par le Port.
« J’ai très confiance au Port de Québec. De toute façon, le processus va être transparent. Les gens vont pouvoir voir les évaluations », a répondu M. Marchand en point de presse mardi.
Une mobilisation en vue
La Table citoyenne Littoral Est élaborera un plan d’action au cours de l’automne. L’organisme souhaite travailler avec des personnes possédant une expertise particulière, dont des scientifiques, afin de soulever les bonnes questions et d’évaluer les impacts appréhendés du projet.
La Table compte également interpeller la Ville de Québec, qui dispose d’une commission consultative sur la qualité de l’air, ainsi que les conseillers municipaux du secteur, Raymond Poirier (Limoilou) et Marylou Boulianne (Maizerets–Lairet).
« On veut que la Ville nous aide là-dedans », indique Daniel Guay.
Plusieurs organismes entendent participer aux consultations. Le Port en précisera les modalités prochainement.
Pour la Table citoyenne Littoral Est et le Conseil de quartier de Maizerets, l’automne s’annonce chargé alors que l’entreprise QSL doit déposer officiellement son projet, ce qui permettra au processus d’évaluation de se mettre en branle.
« Ça va être intense, là, cet automne », prévient Martial Van Neste.
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou