Pour les citoyens du Cap-Blanc, comme chez les résidents du complexe immobilier Les Jardins Mérici, les activités pratiquées par des entreprises comme QSL ou Parrish & Heimbecker dans les installations portuaires de l’Anse-au-Foulon occasionnent divers désagréments.
Lors de leurs deux dernières assemblées mensuelles avant la pause estivale, le hasard a voulu que les conseils de quartier du Vieux-Québec—Cap-Blanc—Coline parlementaire et de Montcalm abordent tous deux des enjeux liés à la présence d’installations du Port de Québec dans l’Anse-au-Foulon.
Le 9 juin, des représentants de QSL se sont présentés à la salle Claude-Côté, à l’étage supérieur de l’église Notre-Dame-de-la-Garde, dans le secteur de Cap-Blanc. Ces personnes ont à la fois présenté un historique de l’entreprise, en plus de répondre aux questions et doléances exprimées par leurs voisins du Cap-Blanc.
Puis, le 17 juin, deux représentants du Consortium des Jardins Mérici ont fait connaitre au conseil de quartier de Montcalm les enjeux vécus dans leur secteur, alors que l’entreprise Parrish & Heimbecker souhaite construire deux nouveaux silos dans les prochains mois.
Conteneurs
Quand on circule sur le boulevard Champlain, il est bien difficile de ne pas voir les différents conteneurs présents sur le terrain occupé par l’entreprise QSL. Si l’ajout possible d’un nouveau terminal de conteneurs dans la baie de Beauport préoccupe bien des gens dans les secteurs de Limoilou et de Beauport, dans le Cap-Blanc, les conteneurs font partie du paysage.
Plusieurs personnes présentes à l’église du Cap-Blanc se demandaient s’il y avait un roulement pour ces conteneurs, mais aussi quelle était leur utilité.
« J’ai l’impression de voir des antiquités », a affirmé une citoyenne. D’autres croyaient que certains n’avait pas bougé depuis une dizaine d’années.

Crédit photo: Simon Bélanger
Steve Quenneville, vice-président aux opérations chez QSL, réplique que ces conteneurs appartiennent aux entreprises minières qui font du transbordement dans le port de Québec. Ces conteneurs servent aussi comme entrepôts pour ces mêmes entreprises.
« Ces conteneurs-là virent toujours. Ce sont toujours les mêmes conteneurs qui viennent. Je vous garantis, on en fait des mouvements de conteneurs », assure M. Quenneville.
Il ajoute que, alors qu’un conteneur se déplace et transporte différentes matières, il doit aussi entrer dans un processus pour le certifier à nouveau. Cette période, qui peut inclure de la réparation et de la réhabilitation, peut prendre plusieurs mois.
Jocelyn Gilbert, président du conseil de quartier, s’est quant à lui interrogé sur l’impact de la présence de ces conteneurs sur le paysage, qui sont à « l’entrée du Vieux-Québec, patrimoine mondial de l’UNESCO ».
« Vous comprenez qu’il y a toute une relation à faire avec le chargement des navires. Je peux aller les entreposer dans un parc industriel les conteneurs. Mais ça va créer plus de camions. Nous l’objectif ici, c’est d’éviter le plus possible le camionnage », répond Steve Quenneville.
Ce dernier assure qu’il n’y en a jamais plus de quatre empilés les uns par-dessus les autres.

Crédit photo: Simon Bélanger
Poussière de sucre et bruit
Une citoyenne, qui réside dans le quartier depuis 35 ans, soutient qu’au cours des dernières années, elle semble avoir remarqué une accumulation de poussière jaune chez elle, qui serait causée par la présence de sucre dans le port.
« Depuis 4-5 ans, c’est incroyable. Je nettoie à tous les jours les bordures de fenêtres et les rambardes », affirme-t-elle.
Elle confirme avoir déjà appelé l’entreprise pour signaler la présence de cette poussière jaune.
« Je pouvais écrire “sucre” sur la table », ajoute-t-elle.
L’entreprise QSL affirme que, lorsque de tels événements surviennent, elle n’hésite pas à demander une suspension des activités, le temps de corriger la situation. Elle invite aussi les voisins à signaler rapidement une telle situation.
« Il n’y a pas de doute. S’il y a un problème et que le sucre voyage, on arrête tout. Pour nous, ce n’est pas acceptable », soutient Claudine Couture-Trudel, vice-présidente Politiques ESG et initiatives futures chez QSL.
Mme Couture-Trudel indique qu’en cas de doute sur l’origine du problème, les citoyens peuvent aussi contacter le Port de Québec, qui fera le suivi.

Crédit photo: Simon Bélanger
Construction à venir de nouveaux silos
Un peu plus à l’est, l’entreprise Parrish & Heimbecker (P&H) souhaite construire deux nouveaux silos à grains sur son site, faisant passer leur nombre de quatre à six. Ces deux nouveaux silos en acier permettraient à P&H de ne plus avoir à louer un des deux silos blancs appartenant à QSL.
Cette construction à venir inquiète bien des résidents des Jardins Mérici, comme cela a déjà été exprimé dans le cadre d’une consultation publique organisée par le Port de Québec en mai dernier.
Lors de l’assemblée du conseil de quartier de Montcalm, le 17 juin dernier, des représentants du Consortium des Jardins Mérici ont fait part de leur point de vue. Ce regroupement a vu le jour en 2019, à la suite d’un projet d’abord piloté par la Coop fédérée, pour ajouter des silos.
« Les résidents des Jardins Mérici sont confrontés à des nuisances sonores significatives et persistantes, liées aux activités portuaires. C’est certain que selon l’endroit où est le condo, c’est différent. Les gens qui sont du côté fleuve subissent beaucoup plus de nuisances que ceux qui sont du côté Grande Allée », explique Marie-Andrée Allard, représentante du consortium.
Celle-ci indique que, malgré les irritants, la collaboration avec le Port de Québec et son équipe en charge des relations avec la communauté, est « très bonne ».
« Je veux que ce soit clair pour tout le monde. On n’est pas en guerre avec le Port », ajoute-t-elle.
Mme Allard précise que des sonomètres ont été installés à différents endroits, afin de mieux connaitre les nuisances sonores. Selon elle, huit ou neuf des plus importantes sources de bruit ont été réglées au cours des dernières années. Mais ce n’est pas encore suffisant.
« À chaque fois qu’il y a un bruit qui était réglé, il y en a un autre qui apparaissait », illustre Mme Allard.
Ces bruits sont de natures diverses : chargement et déchargement de navires ou de wagons, moteur des navires, collecteurs de poussière, filtres à air, vibreurs, freins à compression des camions, etc. Mme Allard reconnait que quelques enjeux ont quand même été réglés, au moins en partie.
De plus, lorsque les feuilles des arbres sont tombées, les lumières des navires « peuvent éclairer des salons », ajoute la résidente.

Crédit photo: Simon Bélanger
Pétition
Lors de la consultation publique, une pétition rassemblant 452 signatures (sur environ 1500 résidents) a été déposée auprès du Port et de l’entreprise P&H, ainsi qu’à plusieurs organismes et élus.
Les signataires demandent de « refuser l’approbation » du projet de construction de silos dans l’Anse-au-Foulon, en plus de s’opposer à « l’ajout d’infrastructures » et à l’autorisation de « nouvelles opérations ».
Ils souhaitent aussi «que le Port de Québec, les opérateurs présents sur le site et les autorités concernées œuvrent rapidement, afin de réduire de façon significative et permanente les actuels impacts visibles, afin d’assurer une cohabitation respectueuse et harmonieuse».
« On n’est pas contre le fait que le Port de Québec veuille moderniser ses installations et optimiser ses opérations. On n’est pas contre ça du tout! Mais ce qu’on veut, c’est qu’ils règlent les problèmes avant. Pas en ajouter » précise Marie-Andrée Allard.
Parmi les prochaines étapes, une nouvelle consultation publique aura lieu à l’automne, suivie d’une émission finale de l’évaluation des effets environnementaux. L’avis de décision du Port de Québec est aussi prévu pour l’automne 2026.
Si le projet va de l’avant, les travaux commenceront aussi à l’automne, avant le début de la saison hivernale.
Cet article bénéficie du soutien de l‘Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement