Pour Respect Citoyens, les changements climatiques ne sont pas une excuse aux refoulements d’égout

Au début de juillet, des précipitations abondantes ont entraîné des inondations et refoulements d’égout dans divers secteurs de Québec, dont le quartier Saint-Sauveur, au bas de la falaise. Le chef de l’opposition officielle Stéphane Lachance demande à l’administration Marchand de revoir ses priorités, afin de se concentrer sur le réseau d’égout.

Le 3 juillet, la forte pluie qui s’est abattue sur la ville a entrainé la rupture d’une canalisation dans le quartier Montcalm, au coin des avenues de l’Alverne et Jeanne-d’Arc. L’eau s’est ensuite écoulée à l’emplacement de l’escalier des Franciscains, récemment démoli, pour se déverser dans Saint-Sauveur, où des citoyens ont été inondés.

Selon des reportages du Soleil et de Radio-Canada, ce sont des situations qui se répètent chaque année depuis 2024, malgré l’installation par les propriétaires de clapets anti-refoulements. Les personnes interrogées mentionnaient d’ailleurs une augmentation des coûts des assurances et les refus de la Ville d’accepter leur demande de réclamation.

Un porte-parole de la Ville indiquait aussi au Soleil que ce genre d’événement était également attribuable aux fortes quantités de pluie tombées sur une courte période, type d’événement météorologique accéléré par les changements climatiques.

Stéphane Lachance, chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville, affirme avoir «sauté deux pieds de haut» en prenant connaissance de la déclaration.

«C’est inacceptable de rejeter la faute sur la nature quand le problème vient d’un manque criant d’entretien du matériel et des infrastructures de la ville», dénonce le dirigeant de Respect Citoyens.

Des pluies diluviennes à Québec, «pas nouveau»

Stéphane Lachance mentionne tout de même d’entrée de jeu que les changements climatiques «sont réels».

«Et si les pluies deviennent plus intenses, c’est une raison de plus d’investir dans nos réseaux», ajoute-t-il.

M. Lachance estime cependant que cette réalité n’est pas apparue au cours des dernières années. S’appuyant sur des données publiées par Environnement Canada depuis 1869, il rappelle que ce genre d’événement avait lieu aussi au 19e et au 20e siècle.

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«Un réseau d’égout qui se respecte, c’est conçu pour prendre le flot. Faites-moi pas croire qu’en 2026, on n’est pas capable de prévoir le début de quelque chose qui est documenté par Environnement Canada depuis 150 ans. […] D’entendre dire que c’est la faute des changements climatiques, il y a une limite quand même», peste le chef de l’opposition.

L’élu de Val-Bélair rappelle que, selon le Bilan des actifs 2025 de la Ville de Québec, les ingénieurs municipaux évaluent les besoins d’entretien des infrastructures à 5,5 G$ pour les 10 prochaines années. M. Lachance mentionne ensuite que le montant budgété par l’administration n’est que de 2 G$.

«Avec ce plan-là, la Ville écrit noir sur blanc que son déficit d’entretien global va passer de 2,6 à 3,5 G$ d’ici 10 ans. Donc, on ne rattrape pas le retard, on le creuse», affirme Stéphane Lachance.

Il ajoute que les «conduites d’eaux usées problématiques sont passées de 321 à 355 kilomètres en trois ans».

«Il y a un problème criant à régler et ça fait partie du travail d’une administration municipale de régler ça. C’est la base! L’aqueduc, les égouts, les déchets, ça fait partie du travail de base d’une administration», soutient le chef de l’opposition.

Prioriser les égouts à l’art public

Pour Respect Citoyens, l’administration municipale doit revoir ses priorités. D’autant que les projets de densification pourraient mettre de la pression supplémentaire sur les réseaux souterrains au cours des prochaines années. Stéphane Lachance veut éviter que la réalité vécue à Lévis, frappée par un moratoire sur le développement immobilier, ne traverse le fleuve.

Il croit que l’argent serait mieux investi dans l’entretien des infrastructures que dans les missions à l’étranger, les pistes cyclables ou l’art public.

«Quand les familles de Saint-Sauveur vident leur sous-sol trois étés de suite, la priorité pour moi, ce n’est pas un canard qui flotte sur le fleuve. C’est que les citoyens restent au sec et que l’eau reste dans les tuyaux», affirme M. Lachance.

Ce dernier faisait référence à la subvention de 220 000$ octroyée à l’organisme EXMURO art public, qui fera venir en 2027 l’œuvre Canard de bain dans le Vieux-Port de Québec. Il dénonce aussi le montant d’1,5 M$ déboursé pour une piste cyclable sur la rue Abraham-Martin, toujours dans le Vieux-Port, pour compenser la fermeture de l’ancien lien cyclable sur les installations du Port de Québec.

L’opposition officielle demande deux choses à l’administration Marchand : «un portrait complet du secteur à risque de refoulement, avec des causes réelles et concrètes rendues publiques» et «un plan de rattrapage immédiat et chiffré pour les réseaux d’égout au prochain budget».

Les élus de Respect Citoyens souhaitent également que la réserve climatique privilégie ce genre de projet à celui des patinoires couvertes réfrigérées.

Demandes de longue date

De son côté, l’administration Marchand dénonce depuis longtemps un désengagement du gouvernement provincial dans la réfection des infrastructures.

En juin dernier, Marie-Josée Asselin, vice-présidente du comité exécutif, a rappelé le désir d’avoir «davantage de prévisibilité» de la part du gouvernement du Québec, notamment pour être en mesure de répondre à l’importante croissance démographique prévue au cours des prochaines années.

Quelques jours plus tôt, Mme Asselin se réjouissait tout de même que le projet TramCité ait permis d’obtenir un financement allant jusqu’à 300 M$ pour la réfection des infrastructures souterraines.

Pour Stéphane Lachance, bien que cet argent du gouvernement serait bienvenu, il ne faut pas seulement attendre que les fonds descendent des gouvernements supérieurs.

«À un moment donné, on “peut-tu” aussi trouver des solutions et arrêter de quêter, pis dire qu’on va régler le problème? On est capables de le faire. C’est juste qu’il faut avoir la volonté pour le faire», ajoute le chef de l’opposition.

L’an dernier, presque à pareille date, le maire Bruno Marchand indiquait, à la suite d’un autre épisode de forte pluie survenu en juillet 2025, que les «occurrences centenaires», soit les épisodes de forte pluie qui devaient survenir une fois aux cent ans, pouvaient maintenant avoir lieu plusieurs fois par année, en raison des changements climatiques.

Le chef de l’opposition de l’époque, Claude Villeneuve, appelait aussi à mettre un effort dans les infrastructures souterraines et les travaux de perméabilisation.

Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Source : Monsaintsauveur (Monquartier) — Saint-Sauveur

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