Des dizaines de résidents se sont réunis jeudi soir au Club Social Victoria pour discuter d’un projet immobilier de 374 logements dans l’écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres. Baptisé La Serre, le projet a notamment suscité des questions sur les dérogations demandées, le coût des futurs logements, l’avenir des commerces et les répercussions sur la circulation.
Les dérogations suscitent des critiques
Résidente de l’immeuble Habitus, Joannie Boivin, une architecte de profession, a rappelé avoir acheté son logement lors de la construction de l’immeuble en 2017 parce qu’elle croyait à un milieu de vie à échelle humaine.
« On y croyait à un milieu de vie à échelle humaine, avec de la végétation, avec des bâtiments qui étaient supposément six étages pas plus », a-t-elle expliqué.
Elle a dit comprendre que le projet puisse évoluer, mais s’est questionnée sur les nombreuses dérogations demandées.
« Avec autant de dérogations, je ne vois pas comment vous êtes en train de vous adapter à ce qui est déjà en place. On est en train de dénaturer ce en quoi nous, on avait investi au départ », a-t-elle dénoncé.
Gabrielle, résidente de l’immeuble Origine, s’est elle aussi interrogée sur le nombre de dérogations nécessaires.
« C’est un mastodonte, quelle est la logique? Pourquoi on donne autant de dérogations? », a-t-elle demandé.
Les représentants du projet ont expliqué que le concept d’écoquartier avait évolué depuis ses premières orientations, qui prévoyaient des bâtiments de quatre à six étages. La densification répondrait notamment aux besoins en logement, tandis que les dérogations permettraient d’obtenir certaines contreparties.

Crédit photo: Patriarche Architecture Augmentée- Québec
Combien coûteront les futurs logements?
Les questions se sont ensuite déplacées vers les logements qui seraient construits dans le secteur.
Myriam, résidente de l’immeuble Habitus, a demandé comment les 374 logements seraient réalisés et s’il s’agirait de logements locatifs ou de copropriétés. Les représentants ont indiqué que le projet s’orientait actuellement vers le locatif, sans que la décision ne soit pour le moment définitive.
Le président du Conseil de quartier de Saint-Roch, Thomas Brady, a alors demandé combien coûteraient les futurs logements. Dans la même veine, le promoteur a indiqué qu’il était trop tôt pour déterminer les loyers tant que le projet n’était pas finalisé.
Robert Rousse, administrateur du conseil de quartier, a estimé qu’il y avait quelque chose de vicié dans le processus. Il a déploré que les citoyens doivent s’en remettre aux informations du promoteur sans connaître le prix des loyers.
Le futur commerce soulève des questions
L’arrivée de nouveaux commerces au rez-de-chaussée du nouveau complexe a également suscité des interrogations chez la propriétaire d’Alimentation de l’Anse Enr., située à proximité.
Propriétaire du commerce depuis 16 ans, elle s’est dite inquiète de la possibilité qu’un commerce intégré au nouveau projet vienne concurrencer les commerces déjà établis.
Les représentants ont assuré vouloir favoriser des commerces à échelle humaine et ne pas prévoir l’arrivée d’une grande bannière.
L’arrivée de centaines de nouveaux résidents a aussi soulevé des questions sur les déplacements dans le secteur de la Pointe-aux-Lièvres.
Patrice Ouellet, lui aussi résident d’Habitus, a évoqué la circulation des résidents, des visiteurs et des livreurs, alors que des espaces de stationnement ont déjà été retirés dans le secteur. Il a demandé à la Ville de prévoir un plan pour tenir compte de l’arrivée de nouveaux résidents.
374 logements et plusieurs dérogations
Le projet, qui portera le nom de La Serre, serait construit sur la rue de la Pointe-aux-Lièvres, à l’intersection de la rue Lee, au nord de l’autoroute Laurentienne.

Crédit photo: Thomas Verret
Conçu par la firme d’architecture Patriarche, le bâtiment compterait de sept à neuf étages et 374 logements, dont 18 maisons de ville. La moitié des logements comprendraient au moins deux chambres.
Pour permettre sa réalisation, une hauteur maximale de 31 mètres est demandée. La limite permise actuellement est de 21 mètres. Le projet fait ainsi l’objet de plusieurs dérogations en vertu de l’article 145.45 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme.
Une serre maraîchère d’au moins 240 m² est prévue sur le toit, au-dessus du septième étage, ainsi qu’une toiture végétalisée de 450 m². D’un à trois locaux commerciaux totalisant de 500 à 1 000 m² seraient également aménagés au rez-de-chaussée, du côté de la rue de la Pointe-aux-Lièvres.
Les travaux devraient durer de 24 à 30 mois.
Présente lors de la rencontre, la conseillère municipale Elainie Lepage a déclaré que pour ce projet, la Ville n’a pas exigé de logements sociaux et abordables, considérant que plusieurs initiatives sont déjà présentes dans le secteur, telles que L’Hôte Dauphine, le Village de l’Anse et Un toit en réserve.
La consultation publique se poursuit en ligne jusqu’à ce dimanche 27 septembre.