Le public du Festival d’été de Québec (FEQ) a de nouveau répondu présent à une prestation de musique classique. La place George-V affichait d’ailleurs complet pour une première fois cette année. Avec le spectacle Dans la forêt des cœurs abîmés, Pierre Lapointe et l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) ont offert une performance à la fois théâtrale et captivante, concluant cette édition 2026 en beauté.
Alors que la place George-V a vu passer des talents et styles musicaux aux origines multiples lors de cette édition 2026 du FEQ, elle s’est éteinte comme elle s’est ouverte, avec des talents québécois.
Dans la forêt des cœurs abîmés est le plus récent spectacle de Pierre Lapointe. Originellement présenté avec l’Orchestre Métropolitain à Montréal, il rassemble des titres de deux de ses albums, soit La forêt des mal-aimés et Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé, réarrangés par Antoine Gratton.
Le spectacle se veut une célébration de ces œuvres, qui fêtent toutes les deux un anniversaire. Le premier album date de 2006, soit il y a 20 ans, et le second de 2025, il y a un an. Pour cette édition, le chef d’orchestre Thomas Le Duc-Moreau dirigeait l’OSQ.
Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé
Pierre Lapointe a dédié la première partie du spectacle à cinq morceaux de son plus récent album. Ce dernier a été chaleureusement reçu par la critique et récompensé à sa sortie. Il a reçu le Félix de l’Album de l’année — Adulte contemporain et a valu à Pierre Lapointe d’être sacré Artiste masculin de l’année.
Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé est déjà un album grandiose par sa poésie. Toutefois, sous le traitement magistral des musiciens de l’OSQ, il se transforme en une suite de contes purement cinématographiques.
Les arrangements classiques, davantage à l’arrière-plan dans cette première partie du spectacle, portent avec délicatesse, mais justesse les textes. Cela permet d’imaginer avec facilité un film entier. Bref, l’émotion semble décuplée.

Crédit photo: Dylan Stewart Page (Festival d’été de Québec) – image recadrée
L’effet est particulièrement saisissant lors de Madame Bonsoir, un magnifique morceau où Pierre Lapointe s’entretient avec la mort. Cette grande dame semble se matérialiser par l’alliance puissante des violons et des cuivres.
Pourtant, il n’y a aucune projection. L’éclairage demeure minimal et l’écran résolument noir. Il faut fermer les yeux et tendre l’oreille, mais pas trop toutefois. Vous risqueriez de ne prêter attention qu’à la foule de la scène Bell, qui couvrait certains moments plus subtils du spectacle.
Pierre Lapointe ne l’avait d’ailleurs pas caché en expliquant dès le début de la prestation que « d’amener de la musique classique comme ça, sur une scène extérieure, c’est un défi en soi ». Un défi que les membres du public, de leur côté, ont relevé haut la main, le chanteur soulignant leur « écoute extraordinaire ».
La forêt des mal-aimés
« Là commence officiellement le voyage dans la forêt des mal-aimés […]. Donc j’ai envie de vous dire bon voyage. Et on se revoit à la fin, quelque part à la sortie de la forêt », a déclaré l’artiste après une courte pause entre les deux parties du spectacle. Cette déclaration, comme toute mention de l’album, a été reçue par un tonnerre d’applaudissements.
Lorsque Pierre Lapointe publie La forêt des mal-aimés en 2006, il est un jeune artiste en début de carrière, mais en pleine ascension. Cette envolée créative est couronnée en 2007 par l’interprétation de La forêt des mal-aimés avec l’Orchestre Métropolitain, lors de la 19e édition des FrancoFolies de Montréal. Lors de ce spectacle de clôture, c’est devant plus de 100 000 personnes que le chanteur interprète ses titres.
Cette soirée du 19 juillet dernier donnait l’impression de revivre une fraction de cet événement, avec une touche nostalgique en plus. D’ailleurs, ce sentiment avait déjà commencé à s’installer, avec la performance entraînante et émouvante de Paul Piché en première partie.

Crédit photo: Dylan Stewart Page (Festival d’été de Québec) – image recadrée
Dans cette seconde partie du spectacle, qui consiste en l’interprétation intégrale de l’album, l’orchestre prend le devant. Accompagnateur au début, il est désormais acteur lors de longs moments purement symphoniques, où Pierre Lapointe semble admirer les musiciens.
Le public est également davantage de la partie. Il chante les chansons et forme une réelle chorale pour remplacer celle de Nous n’irons pas. Cela crée un instant de communion particulièrement rassembleur.
La cerise sur le sundae est toutefois la performance en finale de Deux par deux rassemblés. Pierre Lapointe lâche un « je veux que vous détruisiez tout » et le public s’exécute. Le moment est tant de choses à la fois : touchant, nostalgique, grandiose et plus encore.
Le public quitte lentement la place George-V en chantonnant. L’affaire est ketchup, comme on dit.
Pour ceux qui ont manqué cette troisième des quatre représentations du spectacle, Pierre Lapointe sera également à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, à Joliette le 28 août, dans le cadre du Festival de Lanaudière. Il sera cette fois accompagné de l’Orchestre Métropolitain, toujours sous la direction de Thomas Le Duc-Moreau.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement