Où travailler dans nos quartiers ?

Depuis quelques semaines, l’équipe de Monquartier vagabonde. La fermeture d’une durée indéterminée de l’espace de cotravail La Console où nous étions installés depuis un an et demi nous prenant un peu au dépourvu, on s’est retrouvés un petit moment sans espace fixe pour travailler. La question est donc venue d’elle-même : où travailler dans nos quartiers ?

Accentuée depuis la pandémie, la pratique du télétravail est devenue chose courante pour beaucoup d’entreprises. Le milieu du travail s’est vu transformé et les lieux dans lesquels se rassemblent les équipes ne sont plus les mêmes. L’époque où chaque compagnie avait ses propres locaux a bien changé. Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives, surtout au centre-ville.

Les espaces de cotravail

Le concept de cotravail existe depuis longtemps, mais gagne en popularité ces dernières années. Il s’agit d’un espace que partagent de petites et moyennes entreprises. Souvent louées au mois, parfois à la semaine ou à l’année, les places dans les espaces de cotravail permettent une grande flexibilité, souvent à moindre coût. On y retrouve des bureaux fermés, mais aussi des espaces ouverts.

Pour Vincent Girard, l’un des fondateurs de l’espace de travail le BNKR sur la rue Saint-Joseph, au cœur de Saint-Roch, ce sont les économies réalisées et la simplicité qui poussent les gens à intégrer des espaces partagés.

« C’est beaucoup d’économies parce que si tu prends un local à toi, tu payes les assurances, tu payes ton internet,  tu payes ton électricité. [Ici], tu paies un prix mensuel. Il n’y a pas d’autres frais à débourser de ta poche. Tu sais dans quoi tu t’embarques. »

Le BNKR a été fondé il y a un peu plus de 10 ans. À l’époque, on voyait émerger ce genre de formule à Montréal et dans d’autres grandes villes, mais pas encore à Québec, rappelle-t-il.

Alors copropriétaire de Spektrum Media, un studio de développement web, Vincent Girard raconte que l’équipe venait de faire l’acquisition de nouveaux bureaux, mais se retrouvait avec trop d’espace.

« On a aménagé le premier étage,  mais le deuxième étage, on ne savait pas trop quoi faire avec. On s’est dit qu’on allait partir un coworking. »

L’idée allait de soi pour Spektrum qui avait l’habitude d’accompagner d’autres compagnies dans leur développement.

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« Souvent, on se trouvait à faire le développement technologique pour d’autres entreprises. On faisait juste monter d’un étage pour les consulter », confie Vincent Girard.

Depuis, la formule est devenue très populaire dans la capitale. Marie-Josée Ruel, directrice de la location chez Méribec, assure entre autres la gestion des espaces de cotravail La Caserne dans le Vieux-Limoilou et Le Cube Dorchester dans Saint-Roch. Elle abonde dans le même sens.

« À Québec, nous autres, ça a toujours été très populaire. La Caserne, il n’y a jamais rien à louer. Ça peut arriver de temps en temps, qu’un espace se libère, mais ça se reloue tout de suite », lance-t-elle.

Ouvert en 2014, Le Cube Dorchester accueille environ 120 personnes, alors que La Caserne, fondée en 2017, en compte entre 50 et 70.

Des besoins qui évoluent

D’abord occupés davantage par des entreprises du milieu technologique, les espaces de cotravail accueillent aujourd’hui des compagnies de toutes sortes de domaines.

« Ce n’est pas comme avant. C’est un peu différent comme clientèle, puis ça bouge. Je ne louais pas à des compagnies d’assurance avant. On ne louait pas à des notaires. Ce n’étaient pas ces clients-là qu’on avait », explique-t-elle.

Les besoins des entreprises changent également. Tant du côté du BNKR que de La Caserne et du Cube, les espaces de travail ouverts ont beaucoup moins la cote. On cherche davantage des bureaux fermés.

Les entreprises ne veulent plus d’un espace fixe occupé à temps plein, ajoute Vincent Girard. La plupart des gens cherchent un endroit pour se rendre deux ou trois fois par semaine. Une entreprise de 20 personnes va, par exemple, louer une dizaine de places, explique-t-il.

Socialiser et réseauter

Beaucoup d’espaces de cotravail organisent des événements qui permettent aux entreprises de tisser des liens.

« Les gens travaillent plus de la maison, quand ils viennent au bureau c’est pour avoir des contacts avec les gens : prendre un café, aller courir, changer la dynamique », constate Vincent Girard.

Le BNKR organise des conférences et des ateliers sur des sujets qui touchent ses membres.

Du côté de La Caserne et du Cube, ce genre d’initiative remporte beaucoup moins de succès. Les entreprises ont plutôt tendance à se regrouper chacune de leur côté, observe Marie-Josée Ruel.

Des espaces gratuits ?

Pour beaucoup de pigistes, les coûts nécessaires pour intégrer un espace de cotravail sont trop élevés. Plusieurs d’entre eux optent pour des espaces gratuits. On en retrouve un au Grand Marché de Québec. Plutôt méconnu, il existe néanmoins depuis l’ouverture du lieu en 2019.

L’espace de travail situé au deuxième étage peut accueillir une vingtaine de personnes.

« Assurément, c’est encore sous-occupé. Il pourrait y avoir plus de gens qui viennent profiter de ces espaces-là », indique Alexandre Dupuis, directeur général du Grand Marché.

Deux bulles de travail récemment installées au Grand Marché.
Crédit photo: Olivier Alain

À la base, l’idée était d’offrir un lieu de rassemblement et d’encourager la clientèle à visiter le marché en semaine. L’accès y est complètement gratuit. On y retrouve, depuis peu, des bulles de travail aménagées pour permettre de s’isoler, explique Alexandre Dupuis.

Au café

Au-delà des espaces de travail officiels, plusieurs commerces sont devenus, un peu malgré eux, de petits bureaux pendant la semaine. C’est le cas de plusieurs cafés dont le Mila sur la 3e Avenue dans le Vieux-Limoilou.

Maude Roy-Carpentier, propriétaire du Mila, remarque que du lundi au vendredi, « l’endroit ressemble davantage à un espace de coworking qu’à un café. »

Les gens s’installent en moyenne deux ou trois heures avec leurs ordinateurs portables. Parmi eux, la plupart sont des clients réguliers qui demeurent dans le quartier. Plusieurs équipes des commerces environnants tiennent aussi leurs réunions hebdomadaires au café.

Dès l’ouverture du commerce en 2024, Maude Roy-Carpentier se doutait bien que l’endroit accueillerait beaucoup de personnes en télétravail.

« J’avais quand même cette idée-là que ça allait être une des réalités à laquelle j’allais sûrement devoir m’adapter. C’est pour ça aussi que j’avais déjà en tête de mettre des prises électriques partout, pour être sûre que les gens puissent venir travailler convenablement »

Questionnée sur les enjeux soulevés par ce type de clientèle, elle ne semble pas trop préoccupée.

« La majorité de la clientèle est respectueuse. Même s’ils restent longtemps, ils ne vont pas juste consommer un seul café. Ils vont souvent consommer deux ou trois affaires. »

Maude Roy-Carpentier est la propriétaire du Café Mila.

« Ce qui est un peu difficile, c’est la gestion de l’espace », note-t-elle. Les personnes en télétravail ont tendance à prendre un peu plus d’espace, ce qui fait que le café ne peut pas toujours opérer à pleine capacité.

Néanmoins, en lançant le café, l’idée était de créer un lieu pour la communauté, souligne-t-elle.

« Je voulais que ce soit quand même un espace où les gens se sentent libres de venir travailler, je pense que l’aspect communauté est quand même là. »

Finalement, ces quelques semaines sans bureau auront été somme toute instructives et nous auront permis de plonger un peu plus dans les nouveaux modèles et tendances du monde du travail.

Et entre-temps, l’équipe de Monquartier a intégré un nouvel espace de travail, La Station, dans Saint-Sauveur.

Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou

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