Il existe des artistes qui donnent un concert. Puis il y a ceux qui offrent un véritable moment de partage. Michael Bublé appartient sans contredit à cette seconde catégorie. Devant ce qui semblait être la plus imposante foule des quatre premiers jours du Festival d’été de Québec, le charme, le charisme et la générosité du crooner canadien ont une fois de plus fait mouche.
Malheureusement, des ennuis vocaux l’ont empêché de livrer le spectacle que tout laissait présager. Avec 75 millions d’albums vendus, 15 prix Juno et près de 25 ans de carrière, l’artiste originaire de Burnaby continue de séduire un public remarquablement diversifié.
Une voix qui a refusé de suivre
Les premières minutes laissaient présager le meilleur.
Dès Feeling Good, cette reprise de Nina Simone qu’il a faite sienne depuis des années et avec laquelle il ouvre invariablement ses spectacles, Michael Bublé a frappé fort.
Et quelle voix!
Une interprétation puissante, profonde, capable de venir chercher le public jusque dans les tripes.
Puis tout a basculé.
Dès la deuxième chanson, I Haven’t Met You Yet, il a dû interrompre son interprétation pour prendre un verre d’eau. L-O-V-E a suivi, mais les signes se sont rapidement multipliés. Au fil du spectacle, il a constamment joué avec ses oreillettes, comme s’il peinait à s’entendre.
Extinction de voix? Problème technique? Impossible de trancher avec certitude, mais une chose était évidente : quelque chose ne fonctionnait pas.
Les hautes notes ont été abordées avec prudence, certaines paroles sont devenues difficiles à entendre et plusieurs chansons ont clairement été interprétées dans une tonalité abaissée. S’il n’a pas véritablement faussé, le crooner de Burnaby composait manifestement avec une voix diminuée.
Son non-verbal trahissait également son inconfort. Il semblait parfois perdu, frustré par une performance qui échappait à son contrôle. Pour compenser, il a souvent fait chanter le public et a laissé beaucoup d’espace à ses musiciens. Il y a toutefois une limite à ce qu’une foule peut faire pour sauver un spectacle.

Crédit photo: Festival d’été de Québec (photo recadrée)
L’invitée surprise
C’est précisément dans ces moments que l’expérience de Michael Bublé a fait toute la différence.
Une version espagnole de Sway, langue qu’il maîtrise parfaitement grâce à son épouse argentine, a rappelé toute son aisance sur scène. Puis Home, plus douce, lui a permis de retrouver une partie de ses moyens.
L’arrivée de Roxane Bruneau, invitée que plusieurs attendaient pour cette chanson, a également apporté un vent de fraîcheur. Nettement plus en voix, elle a contribué à relancer l’énergie du spectacle.
Le dernier tiers du concert s’est d’ailleurs révélé beaucoup plus solide que le précédent, même si les plus grands succès avaient déjà été interprétés.
Au rappel, Cry Me a River, accompagnée d’une pyrotechnie spectaculaire, a redonné toute sa dimension au spectacle. Puis It’s a Beautiful Day est venue conclure la soirée sur une note résolument festive.
Le gentleman derrière le crooner
Au-delà de la performance vocale, Michael Bublé a surtout confirmé ce qui fait sa réputation depuis le début de sa carrière : une relation exceptionnelle avec son public.
Sous ses airs de gendre idéal, Michael Bublé dégage une combinaison de qualités devenue rare : classe, élégance, charisme, charme, générosité et même un brin de sensualité. Il incarne cette définition moderne du gentleman, celui qui ne donne jamais l’impression de jouer un personnage.
Cette authenticité a été visible tout au long de la soirée. Il a régulièrement quitté la scène pour aller s’asseoir au milieu de ses admirateurs, a multiplié les poignées de main, les accolades et les échanges avec ses fans, créant une proximité qui semblait parfaitement naturelle.
On sent un homme qui comprend le privilège de la célébrité et qui respecte profondément ceux qui viennent l’applaudir.
« Pour moi, c’est un tel honneur d’être ici avec ma famille, avec mes quatre enfants, ici à Québec. Ça veut beaucoup dire pour moi », a-t-il lancé avant d’entonner Always on My Mind.
Puis, en pointant sa gorge, il a ajouté : « Je reviendrai autant de fois que ceci va me le permettre », une phrase qui résumait bien une soirée où il a dû composer avec des limites vocales, sans jamais perdre le lien avec son public.
Une mise en bouche élégante
Avant l’arrivée de la légende canadienne, le groupe montréalais The Brooks a brièvement assuré la transition avant l’entrée en scène de Melody Gardot.
L’Américaine francophile, dont le français est impeccable au point de surprendre ceux qui ignorent ses origines, a offert une prestation charmante, mais manquant de punch.
Élégante dans un ensemble veston et chemise blanche, ses lunettes fumées Chanel au visage, elle a livré un jazz raffiné et tout en douceur.
Une proposition séduisante, mais davantage taillée pour l’atmosphère d’un cabaret que pour l’immensité des plaines d’Abraham. Malgré la qualité de son interprétation, elle n’est jamais véritablement parvenue à faire lever la foule.
On retiendra de cette soirée que Michael Bublé a peut-être manqué de voix, mais jamais de cœur. Malgré une performance vocale inégale, son charme, son élégance et sa générosité ont rappelé pourquoi le public lui est aussi fidèle depuis près de 25 ans.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement