Marchand met les partis au défi sur l’itinérance

À l’aube des premiers débats de la campagne électorale, le maire de Québec, Bruno Marchand, interpelle les cinq principaux partis afin qu’ils précisent leurs objectifs en matière de lutte contre l’itinérance et qu’ils s’engagent sur des résultats mesurables au cours des quatre prochaines années.

En marge d’un événement de la Chambre de commerce de Québec, mardi, le maire a convié les médias à une mêlée de presse consacrée à cet enjeu qu’il estime trop peu présent dans la campagne électorale.

« On est au tiers de la campagne électorale et on avait l’intention de ramener l’enjeu de l’itinérance dont on parle trop peu », a-t-il lancé, rappelant que l’enjeu fait partie des principales préoccupations des citoyens.

L’enjeu est particulièrement sensible dans les quartiers centraux de Québec, où l’itinérance se vit et se voit au quotidien et où le phénomène, en hausse, soulève des enjeux de cohabitation de plus en plus importants.

Bruno Marchand souhaite que les formations politiques adoptent une cible pour les quatre prochaines années, tout en conservant l’objectif plus large d’aller vers l’itinérance zéro.

« Ça commence par une ambition. Sans ambition, il n’y a pas de rêves, il n’y a pas de destination, on ne se rend nulle part », a-t-il déclaré.

Des promesses qui ne suffisent pas

Bruno Marchand juge insuffisants les engagements annoncés jusqu’ici. Il réagissait notamment à la promesse faite vendredi dernier par le chef libéral Charles Milliard, lors de son passage à Lauberivière dans Saint-Roch, d’investir 60 millions de dollars supplémentaires par année pendant quatre ans pour lutter contre l’itinérance.

« Oui, c’est un engagement, mais c’est insuffisant. Il faut en faire plus », a dit le maire.

Alors que Charles Milliard a fait valoir que la situation financière déficitaire du Québec limitait sa capacité à investir davantage, Bruno Marchand rejette cet argument.

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« Pour moi, c’est qu’on tolère une fatalité qui coûte trop cher. Ce n’est pas vrai qu’investir en itinérance, ce n’est pas récupérer des sommes sur l’ensemble des budgets du Québec. Le problème, c’est que ce n’est pas dans un seul budget. »

Le maire souligne notamment la proposition du Parti québécois de réduire de 50 % l’itinérance en quatre ans. À ses yeux, l’important est surtout que les partis se donnent une cible précise et puissent être jugés sur les résultats obtenus.

« Je veux qu’on s’engage, que l’on soit imputable, qu’on s’engage vers l’itinérance zéro et qu’on se dise : voici ce que l’on va faire dans les quatre prochaines années, comment on va le faire, voici ce qu’on va faire sur le logement social, voici comment on va prendre soin de notre monde », a-t-il affirmé.

En 2021, Bruno Marchand évoquait déjà l’objectif d’atteindre l’itinérance zéro en 2025. Il demande maintenant une nouvelle cible pour les quatre prochaines années, reconnaissant qu’un tel objectif ne pourra pas être atteint du jour au lendemain.

La Ville ne peut plus porter le problème seule

La Ville a toutefois augmenté considérablement ses investissements en logement social depuis l’arrivée de l’administration Marchand. Le budget qui y est consacré est passé de 11 millions de dollars en 2021 à 53 millions en 2026.

« On a quintuplé notre budget en logement social. On ne peut pas faire ça seul. Ça ne peut pas seulement être les citoyens de Québec, le gouvernement du Québec a une responsabilité », soutient-il.

Le maire estime que la Ville ne peut donc pas porter seule la lutte contre l’itinérance, qui nécessite, selon lui, davantage de logements et de ressources. Selon lui, les coûts du phénomène sont répartis entre plusieurs postes budgétaires.

Il rappelle notamment une estimation de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) selon laquelle chaque personne en situation d’itinérance coûte 72 000 $ par année au Trésor public.

« Ce qui se mesure s’améliore »

Bruno Marchand souhaite également améliorer le suivi de l’itinérance. Il juge insuffisant le dénombrement réalisé à intervalles de quelques années pour mesurer l’évolution du phénomène.

« C’est inacceptable qu’on n’ait pas des statistiques annuelles! Ça fait partie des demandes. Ce qui se mesure s’améliore, ce qui ne se mesure pas demeure lettre morte », affirme-t-il.

Il souhaite ainsi que les engagements pris pendant la campagne puissent être suivis et évalués au fil du temps.

« Ce n’est pas juste un problème de Québec, de Montréal ou de quartiers centraux. C’est un problème partout dans la ville, partout dans les villes, dans les villages du Québec », rappelle-t-il.

Le maire souhaite enfin qu’un éventuel sommet sur l’itinérance débouche sur des résultats concrets plutôt que sur une simple déclaration de bonnes intentions.

« Un sommet, c’est extraordinaire dans la mesure où on se dit qu’on va arriver à des résultats, qu’on va les mesurer et qu’on va les montrer au monde », a-t-il conclu.

Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou

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