Depuis environ deux semaines, celles et ceux qui sont passés près de la bibliothèque Gabrielle-Roy à la tombée de la nuit auront remarqué des projections sur la façade du bâtiment qui donne sur la place Jacques-Cartier. Il s’agit des œuvres de quatre artistes de Québec qui ont puisé à même les archives de la Ville pour créer des courts métrages. Gabrielle Harrisson nous parle de celui qu’elle a réalisé et qui s’intitule Où est DieuE?
« Où est Dieu? » : c’est la question que Gabrielle Harrisson a posée un peu partout autour d’elle alors qu’elle créait son court métrage.
Ayant une pratique orientée vers l’art social, l’idée d’entrer en dialogue avec la communauté dans l’élaboration de l’œuvre allait de soi pour elle.
« Je vais à la rencontre des gens pour arriver à créer à partir du “pouls collectif”. J’ai besoin qu’il y ait de l’interaction humaine pour que mon idée puisse avancer », confie l’artiste.

Crédit photo: Olivier Alain
Plonger dans les archives du patrimoine religieux
En se lançant dans le projet, Gabrielle Harrisson a choisi d’explorer le patrimoine religieux. Accompagnée par l’archiviste David Tremblay et l’historien Dale Gilbert, elle s’est plongée dans les archives de la Ville de Québec pour en tirer des images d’églises, de processions de foi et de rassemblements religieux.
C’est à partir de ces images qu’elle est entrée en dialogue avec la communauté dans la rue, sur des places publiques et dans des commerces. « Pendant les séries, je suis même allée dans des bars avec mes photos. Pour parler de Dieu, pendant les pauses », lance-t-elle en riant.
Presque à tous coups, les questions ont fait réagir les gens et ont mené à de beaux échanges, souligne-t-elle. Plusieurs personnes ont évoqué leurs souvenirs liés au patrimoine religieux. Elles ont pu identifier les lieux où Dieu se trouvait et où il avait disparu.
« A priori, c’est un sujet très délicat. Moi, j’ai trouvé que les gens avaient beaucoup de choses à dire sur ce sujet », rapporte Gabrielle Harrisson.
Certaines personnes ont par exemple évoqué les « nouveaux dieux » du commerce et de la consommation. D’autres ont confié voir dans les marches et les manifestations une ferveur et un engouement rappelant l’esprit d’une procession religieuse.
Un appel à la communauté
La dimension communautaire du patrimoine religieux est beaucoup ressortie des échanges. L’artiste explique avoir senti au fil des discussions une sorte de nostalgie des parvis d’églises et des lieux de rassemblement.
« Pas une nostalgie de la religion, mais plutôt de la communauté. Ça montre un désir assez répandu », estime Gabrielle Harrisson.
Elle relève d’ailleurs une dimension communautaire dans les autres courts métrages présentés. Par exemple, Izabelle Desroches montre la communauté féministe et Irina González, celle du sport au féminin. Olivier A. Dubois signe l’autre court métrage.
En cours de route, un partenariat avec la Maison de la littérature a permis à des poètes de se joindre au projet. Ainsi, on retrouve dans chacun des courts métrages des textes qui accompagnent les images.
Le contexte dans lequel sont présentés les courts métrages ne met pas forcément en avant le côté narratif des œuvres. L’esthétique développée passe davantage par la contemplation, explique l’artiste.
Quatre soirées de médiation auront lieu d’ici le 25 octobre en compagnie des cinéastes qui ont pris part au projet. Ce sera l’occasion pour le public de s’initier à différentes techniques et d’en apprendre davantage sur la démarche des artistes. La première soirée se déroulera ce vendredi 4 septembre en compagnie d’Irina González dès 19h45. Plus d’informations sont disponibles sur le site Web de la bibliothèque Gabrielle-Roy.