D’un petit atelier niché dans Saint-Sauveur aux étagères garnies du Grand Marché de Québec, la céramiste Ariane Boudreault-Lambert révèle les dessous d’une préparation pour Carac’terre, événement estival prisé par les artisans et amateurs de poterie.
Tout juste revenue de 1001 Pots, un événement de céramique annuel se tenant à Val-David, Ariane Boudreault-Lambert n’a pas le temps de souffler.
Lundi, il y a des pièces à finaliser et à mettre au four, ainsi que tout un inventaire à étiqueter et emballer. Mardi, c’est journée d’assemblage. Les artisans se retrouvent, d’abord pour monter les étagères, et ensuite installer leurs pièces.
Toutefois, rien de nouveau pour la céramiste : « J’ai commencé à le faire quand j’étais à l’école. Puis ça fait 12 ans que j’ai gradué, donc ça fait à peu près 15 ans que je participe à Carac’terre. […] Je n’en ai pas raté une ».
Le printemps et l’été représentent les saisons les plus exigeantes pour l’artisane. Chaque année, le même cycle se répète, plus ou moins. La production intense commence vers avril ou mai. Les marchés arrivent, puis il faut commencer la production pour la période des fêtes.
C’est une roue bien rodée, qui n’empêche toutefois pas les tâches de dernière minute.

Crédit photo: Élisa Marchildon
Un autre élément qui ne change pas est la « fébrilité ». Pendant des mois, les céramistes travaillent sur leurs pièces, cachés dans leurs ateliers, et les marchés sont le moment de partager ce travail.
« C’est quand même excitant d’avoir travaillé autant fort pour installer nos choses et arriver à “C’est fait, c’est beau, je suis contente.” C’est beaucoup de travail, mais qui se transforme positivement. »
Vivre de son art
Au quotidien, Ariane Boudreault-Lambert vit de son art. Dans son cas, cela inclut sa production de céramique, des contrats de production pour d’autres céramistes, ainsi que du travail de coordination pour des événements dans le domaine, comme 1001 Pots.
Elle explique que la pandémie a généré un intérêt pour l’artisanat local, qui a été bénéfique pour les céramistes. Toutefois, selon elle, la demande est depuis « revenue à la normale ». Mais cet engouement a quand même permis d’éduquer bien des personnes.
« Quand j’ai commencé, je faisais des covoiturages et on me demandait, “tu fais quoi dans la vie ? Je suis céramiste. Ah oui, tu poses de la tuile dans les salles de bain? Non, je ne suis pas carreleuse, je suis céramiste.” Je ne dirais pas que c’était moins connu, mais quand même, c’était moins commun. Maintenant, quand je dis que je suis céramiste, les gens savent déjà un peu plus qu’est-ce que c’est. »

Crédit photo: Élisa Marchildon
Vivre à temps plein de la céramique signifie toutefois redoubler de prudence avec son corps, sa « machine », comme le décrit Ariane Boudreault-Lambert.
« C’est bête, mais souvent, ce qui arrive, c’est que je travaille vraiment fort avant les marchés. Et à la fin, quand je reviens dans l’atelier, des fois j’essaie de reprendre trop vite et c’est là que j’ai tendance à me blesser. »
Avec les années, elle a appris l’importance d’une bonne posture et d’écouter lorsque ça fait mal. Mais aussi de prendre soin de ce qui ne se voit pas : sa créativité.
« Je n’ai pas vraiment de rituel avant [les marchés]. Je te dirais que c’est plus à l’inverse, c’est plus après, où je m’offre vraiment plus un moment de création. […] En revenant des marchés, j’ai moins envie de faire de l’utilitaire puis de la production en série. J’ai comme besoin de me donner du temps pour faire d’autres choses. »
Une communauté soudée
Le mardi 7 juillet, en après-midi, alors que le soleil plombe à l’extérieur, le Grand Marché se révèle comme une petite oasis d’air frais et de bonnes odeurs. Ariane Boudreault-Lambert n’est toutefois pas là pour déguster un casseau de fraises. C’est une journée de montage pour Carac’terre.
Parfois, les artisans arrivent déjà avec un plan tout tracé. Dans d’autres cas, ils se laissent porter par l’inspiration du moment. Ariane Boudreault-Lambert pose une tasse, observe son étagère, puis ajoute un autre morceau, tel un casse-tête. Entre deux pièces, elle salue une collègue et discute avec un autre.

Crédit photo: Élisa Marchildon
« Quand je suis sortie de l’école, je me suis impliquée tout de suite avec l’Association des céramistes du Québec. Dans le fond, Carac’terre, c’est un événement de cette organisation-là. C’est ça qui m’a permis justement de rencontrer plein de monde de mon milieu. Au début, c’était comme un peu des idoles […], puis maintenant, je les considère comme des amis. »
Pour elle, cette camaraderie est l’élément le plus précieux de Carac’terre. Bien sûr, les marchés représentent un certain poids économique, un peu moins de 50 % du revenu dans son cas, mais ils sont surtout un lieu de communauté.
« Pour moi, c’est comme une grosse famille. C’est des gens que des fois, on les voit juste une fois par année, mais quand on se retrouve, on est tellement contents de se voir, de se [raconter] comment ça s’est passé notre année », décrit la céramiste.
Carac’terre 2026
L’inauguration de Carac’terre aura lieu ce mercredi 8 juillet, lors d’un vernissage épicurien, de 16 h à 18 h. Ce sera également la seule occasion de se procurer le gobelet unique de cette édition, une tradition de l’événement.
Le marché a lieu jusqu’au 19 juillet, toujours au deuxième étage du Grand Marché de Québec. Il est accessible gratuitement.
Comme à son habitude, Carac’terre offrira également des ateliers d’initiation à la poterie, sur réservation. Également au programme, une conférence sur l’écoresponsabilité en céramique le 19 juillet et une nouvelle exposition, alliant la céramique et la bande dessinée.

Crédit photo: Élisa Marchildon
Il s’agit de la 27e édition de Caract’erre. Pour Ariane Boudreault-Lambert, c’est un rendez-vous annuel qui n’est pas prêt de changer.
« Je pense que c’est un événement auquel je suis attachée, dans le sens où je participe depuis longtemps. Mes premières pièces de céramique, quand j’étais étudiante, je les ai exposées à cet endroit-là. Ça a été ma première expérience d’expo. C’est à côté de chez moi. C’est avec des gens que j’apprécie. En fait, j’ai envie de continuer à participer à ça. »
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou