« C’est sûr que ça a été un petit choc au début, je vous l’avoue, parce que quitter ce monastère, c’est comme nos parents qui quittent leur maison après 50 ans. C’est difficile », confie Sr Lise Tanguay, supérieure du monastère de l’Hôpital général de Québec.
Les Augustines quitteront en septembre le monastère de l’Hôpital général, lieu où elles ont vécu de façon continue depuis 333 ans. Elles déménageront à la résidence Marcelle-Mallet des Sœurs de la Charité à Beauport. Les sœurs seront également rejointes par les deux Augustines du monastère de l’Hôtel-Dieu d’ici la fin de l’année.
Sr Lise Tanguay est du monastère de l’Hôtel-Dieu. Elle a été nommée supérieure au monastère de la Basse-Ville en février dernier pour soutenir la communauté durant le déménagement après la nomination de leur supérieure à un autre poste. Elle est en communauté depuis 58 ans et a connu dans le passé les aléas du déménagement.
Ce déménagement n’est pas une idée de dernière minute. Les Augustines travaillent sur le dossier depuis environ trois ans.
« On est 19 ici, 12 sœurs à l’infirmerie et sept sœurs [mobiles] pour un immense monastère comme ici. On savait qu’on ne pouvait pas tenir des années durant », explique Sr Lise Tanguay.

Crédit photo: Élisa Marchildon
La taille du lieu par rapport au nombre de sœurs ainsi que le vieillissement de la communauté ont engendré cette décision. Les Augustines ont des responsabilités exigeantes. Elles gèrent la petite municipalité de Notre-Dame-des-Anges où se trouvent l’hôpital et le monastère.
« Ça appartient aux sœurs. Ça veut dire qu’il faut qu’elles engagent du personnel. Il faut qu’elles fassent de la gestion. C’est du travail aussi. Elles ne sont plus capables », précise Denis Robitaille, chargé de projet au monastère de l’Hôpital général de Québec.
Donc, « avant d’être organisées par d’autres », les sœurs ont préféré « prévoir » et « s’organiser », raconte Sr Lise Tanguay avec un sourire.
Quitter son chez-soi
Les Augustines voulaient déménager dans un milieu religieux avec des soins de santé. La résidence Marcelle-Mallet des Sœurs de la Charité à Beauport répondait à ces besoins.
De plus, le lieu est familier puisque les bureaux du conseil général de la fédération s’y trouvaient.
« C’est une communauté très accueillante. Alors, on est heureuses d’être avec elles. C’est notre consolation. »
Puis, en trois ans, les sœurs ont eu le temps de faire leur deuil, selon la supérieure.

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« L’une des sœurs qui était parmi les plus tristes de quitter m’a dit il y a 15 jours, “Sais-tu, j’ai hâte de partir […] D’abord, les distances sont tellement longues, c’est difficile de sortir de ma chambre, d’aller au réfectoire ou au chapitre. Des fois, je me demande si je vais y arriver. Puis, on n’est pas nombreuses. Il y en a à l’infirmerie, puis les autres sont occupées. Il y a moins de vie trépidante comme il pouvait y avoir avant”. »
À la résidence, les Augustines de la Miséricorde de Jésus vont conserver leur identité et un conseil, bref, une autonomie. Elles vont toutefois partager certains espaces dont le chapitre et le réfectoire dans une « communion de communautés », comme le décrit Sr Lise Tanguay.
Un lieu et une histoire à protéger
Ce départ est d’autant plus significatif en raison de l’histoire du site de l’Hôpital général, occupé depuis 1620, et de celle des Augustines.
« Avant même qu’il y ait une ville, il y avait les Augustines », rappelle Denis Robitaille.

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« Les Augustines ont fondé le premier hôpital, qui est l’Hôtel-Dieu de Québec, en 1639. Puis, elles sont venues fonder en 1693, ce qui est aujourd’hui l’hôpital général. […] Ce dernier était un lieu de résidence pour personnes âgées, personnes qui souffraient de problèmes de santé mentale, personnes pauvres. […] À l’époque, c’était comme le début des services sociaux », raconte-t-il.
L’hôpital général est aujourd’hui un centre d’hébergement intégré au réseau public et dirigé par Santé Québec Capitale-Nationale — Universitaire. Quant à savoir ce qui adviendra du monastère, Sr Lise Tanguay souligne que les Augustines sont encore en pleine démarche.
« On voudrait que ce soit un lieu qui continue d’être habité. On aimerait bien que ce soit des personnes qui prennent soin des autres, des genres de soignants ou d’accompagnateurs. C’est un quartier où il y a beaucoup de personnes qui sont seules, qui ont besoin d’aide. Alors, c’est notre souhait le plus sincère et on travaille fort pour qu’il se réalise. »
Pour ce qui est de la municipalité de Notre-Dame-des-Anges, Denis Robitaille indique que le statut est rattaché à la présence des sœurs et à leur propriété. Après leur départ et lorsque le monastère appartiendra à quelqu’un d’autre, la municipalité n’aura plus de raison d’être.