L’effet Lisa : tout feu, tout flamme

Création et production du Théâtre de l’Œil Ouvert, en collaboration avec le Théâtre de la Bordée, L’effet Lisa donne le coup d’envoi des festivités entourant le 50e anniversaire d’existence de la Bordée. Quoi de mieux qu’un théâtre musical inspiré de l’œuvre du grand auteur-compositeur québécois Richard Desjardins pour lancer le bal !

Devant une assistance largement captivée par l’ambiance dantesque de la scénographie ainsi que par la prestation des interprètes, le spectacle ressuscite, tel un phénix, toute la puissance émotionnelle de la poésie de Desjardins dans le cœur du public.

Imaginée, adaptée et mise en scène par Jade Bruneau, sur un texte original de Philippe Robert, lequel s’articule à merveille à la prosodie des partitions chantées, la pièce nous invite aux abords de Company Town, qui se définit comme une communauté où pratiquement tous les commerces, logements et services appartiennent à une seule entreprise dominante, la fonderie en l’occurrence.

L’histoire se déroule au Boomtown Café, géré par L’Enracinée (Geneviève Alarie), la barmaid qui, tel un arbre centenaire, enveloppe son monde de ses racines bienveillantes, ainsi que dans la forêt boréale, où l’Homme du campe (Jean-François Casabonne), un ermite prisonnier de son passé, entretient un dialogue avec la figure mythique de la Lune/Lisa (Noémie Godin-Vigneau).

Un univers narratif et visuel foisonnant

L’univers narratif de l’œuvre possède une richesse symbolique difficile à résumer de façon linéaire. Tout se joue autour de personnages que l’on apprivoise à travers leurs chants et leur poésie. Le retour au bercail du Bon gars (Simon Fréchette-Daoust) déclenche une rivalité fraternelle avec le Bum (Steven Lee Potvin) pour l’amour de l’idéaliste Jenny (Jade Bruneau). Sur la toile de fond de ce triangle amoureux, la réalité est sombre : la Femme de ménage (Sarah Villeneuve-Desjardins) agonise, victime des émanations toxiques rejetées par la fonderie qui pollue le territoire.

Entre l’incendie qui ravage la forêt et l’usine qui empoisonne l’espace vital, ces deux réalités se côtoyant sur scène grâce à la magie du décor rustique de Félix Plante, des projections vidéo englobantes de Kevin Dubois et des éclairages contrastés de Maude Serrurier, avec ses jeux d’ombres et de lumières, une étincelle brille au-delà du brasier, des tisons et de la fumée.

La lune/Lisa déploie sa blanche clarté au faîte d’un creuset incandescent, synonyme de dévastation, mais également de résilience et renaissance. Son effet sur les personnages, amplifié par son rôle de narratrice, est aussi positif que salutaire. Elle sème l’espoir et l’amour là où la mort et la douleur s’installent.

Crédit photo: Annie Diotte

La musique comme clé de voûte de l’œuvre théâtrale

La réussite de cette production repose en grande partie sur sa dimension musicale. Sous la direction de Marc-André Perron, également au piano, l’œuvre brille de mille feux sonores. Le violoncelliste Stéphane Tétreault livre ici une performance magistrale ; il tire de son Stradivarius de 1707 des notes d’une forte intensité dramatique. À cela s’ajoutent des harmonies vocales d’une clarté remarquable, qui subliment à merveille la poésie de Desjardins.

Des mouvements collectifs chorégraphiés par Pénélope Desjardins se mêlent aux chants pour enrichir le spectacle d’une profondeur émotionnelle et narrative. L’interprétation est impeccable en tout point, malgré quelques longueurs sur le plan du récit, que la musique et les intonations si pures des comédien·ne·s contribuent à transcender. Les performances de Geneviève Alarie, de Jean-François Casabonne, de Simon Fréchette-Daoust et de Sarah Villeneuve-Desjardins sonnent particulièrement juste à cet égard.

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En donnant vie aux personnages de l’univers poétique et musical de Richard Desjardins dans une scénographie qui respire la nuit, le mystère, la passion dévorante et la beauté au sein de l’enfer, le Théâtre de l’Œil Ouvert nous parle des thématiques chères à l’auteur-compositeur, tels que la nature et la forêt, l’identité et le territoire, la condition humaine et la place des femmes, ainsi que l’engagement, aussi bien politique qu’écologique. Des sujets qui s’incarnent dans l’espace avec une ardeur et une énergie communicatives.

La pièce L’effet Lisa est présentée au Théâtre de la Bordée jusqu’au 10 octobre 2026. Les billets sont en vente sur le site du théâtre.

Source : Monsaintroch (Monquartier) — Saint-Roch

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