Le conseil de quartier du Vieux-Limoilou partagé sur le projet d’encadrement des Airbnb

Le conseil de quartier du Vieux-Limoilou a accueilli avec prudence le projet de la Ville de Québec visant à encadrer plus strictement l’hébergement touristique commercial, notamment les locations de courte durée de type Airbnb.

À l’issue de la consultation publique du 17 juin, les administrateurs ont adopté une recommandation divisée : cinq voix en faveur, une contre et quatre abstentions.

Pour le président du conseil de quartier, Pieter Agneessens, ce résultat reflète surtout la complexité du dossier.

« [Mercredi], il n’y avait pas de position claire. On est pour, on est contre, je crois que ça s’est reflété dans les quatre abstentions », a-t-il expliqué.

M. Agneessens souligne par ailleurs que le conseil de quartier ne s’oppose pas au principe de l’hébergement touristique. Mais il estime important de préserver l’accès au logement et la mixité sociale dans le quartier.

Un changement de réglementation sur l’hébergement touristique

La rencontre portait sur une révision de la réglementation municipale encadrant l’usage C10, soit l’hébergement touristique commercial.

Cette catégorie comprend les établissements offrant de l’hébergement contre rémunération pour des séjours de 31 jours ou moins. Elle inclut donc les locations de type Airbnb. Les séjours de plus longue durée sont considérés comme du logement résidentiel.

Les interventions ont révélé des opinions partagées. Certains citoyens ont plaidé pour un encadrement accru afin de protéger le parc de logements et la qualité de vie du quartier. D’autres ont plutôt mis de l’avant les retombées économiques de l’hébergement touristique et son apport à l’activité commerciale locale.

Selon la Ville, la démarche s’inscrit dans un contexte de crise du logement. L’administration municipale souhaite limiter la conversion de logements vers des usages touristiques.

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« Tout le monde ici constate qu’il y a des enjeux concernant la crise du logement ou de l’abordabilité du logement », a rappelé le conseiller municipal du district de Limoilou, Raymond Poirier.

Il a indiqué que les principaux leviers municipaux passent notamment par la construction de logements et la réglementation du zonage.

Ce que prévoit le projet dans le Vieux-Limoilou

Le projet de règlement modifie les règles applicables à plusieurs secteurs du quartier.

Dans certaines zones situées notamment autour du chemin de la Canardière et entre la 1re et la 2e Avenue, l’usage C10 (Établissement d’hébergement touristique général) ne serait plus permis.

Sur la 3e Avenue, l’usage C10 demeurerait autorisé, mais de façon plus encadrée. Le projet prévoit notamment restreindre la conversion de logements situés aux étages supérieurs vers un usage touristique afin de mieux protéger le parc résidentiel. Les rez-de-chaussée seraient également davantage réservés aux usages commerciaux et résidentiels.

Sur la 3e Avenue, l’usage C10 resterait permis, mais son implantation serait encadrée par étage. Le projet prévoit notamment restreindre la conversion de logements situés aux étages supérieurs vers un usage touristique, afin de mieux protéger le parc résidentiel.
Crédit photo: Ville de Québec

Ces changements ne visent pas les bâtiments déjà utilisés pour de l’hébergement touristique. Ceux-ci conserveraient leurs droits acquis.

Selon les données présentées lors de la consultation, les modifications proposées toucheraient environ 128 unités. Une dizaine d’entre elles seraient actuellement exploitées comme locations touristiques de type Airbnb.

Dans plusieurs secteurs du Vieux-Limoilou, notamment autour du chemin de la Canardière et entre la 1re et la 2e Avenue, le projet retirerait la possibilité d’implanter de nouveaux hébergements touristiques commerciaux.

Dans plusieurs secteurs du Vieux-Limoilou, notamment autour du chemin de la Canardière, et entre la 1re et la 2e Avenue, les nouveaux hébergements touristiques seraient interdits. Sur la 3e Avenue, la Ville les permettrait, mais avec davantage d’encadrement.
Crédit photo: Ville de Québec

Des visions divergentes sur les impacts

Les échanges ont fait ressortir des positions contrastées sur les effets du projet.

Certains intervenants ont insisté sur les impacts des locations de courte durée sur la disponibilité des logements et la qualité de vie des résidents.

Administrateur sur le conseil de quartier, Pascal Marier-Dionne, a pour sa part remis en question les bénéfices collectifs du modèle.

« On aide quelqu’un qui est déjà assez bien nanti (Airbnb) et il n’y a pas de gain mesurable ou démontrable du quartier », a-t-il affirmé, ajoutant que le phénomène contribue selon lui à réduire l’offre de logements.

Arguments économiques et vitalité commerciale

À l’inverse, plusieurs participants ont insisté sur les retombées économiques de l’hébergement touristique.

Le président de la SDC de la 3e Avenue, Martin Claveau, a souligné les coûts élevés des immeubles commerciaux dans le secteur.

« Le prix actuellement d’un bâtiment sur la 3e Avenue, c’est au-dessus du million de dollars », affirme M. Claveau, qui est également trésorier au conseil de quartier.

Selon lui, l’hébergement touristique contribue à la rentabilité de certains immeubles. Il estime qu’un encadrement trop restrictif pourrait limiter certaines possibilités de développement.

Le vice-président de la SDC de la 3e Avenue, Nicholas Desharnais, est propriétaire de deux unités d’hébergement commercial et de deux autres en construction. Il a lui aussi plaidé pour une approche équilibrée.

Il reconnaît la nécessité d’encadrer les conversions. Mais il soutient que l’hébergement touristique peut jouer un rôle économique dans le quartier.

« Quand j’accueille un voyageur, je m’assure qu’il soit bien, qu’il consomme dans le quartier. Moi, Limoilou, j’y habite, j’y consomme, j’y travaille », a-t-il fait valoir.

Le processus de consultation publique se poursuit. Les citoyens peuvent soumettre leurs commentaires jusqu’au 24 juin sur la plateforme de participation citoyenne de la Ville de Québec.

Dans une déclaration écrite, le conseiller municipal Raymond Poirier a indiqué qu’il prendra connaissance des commentaires recueillis dans le cadre de la consultation en ligne avant de se prononcer davantage sur les modalités finales du règlement.

Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou

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