La Ville de Québec serre la vis sur le recyclage

2100 institutions, commerces et industries (ICI) de Québec n’ont même pas de bac de recyclage, ce qui correspond à 10% d’entre elles. Un chiffre «effarant» pour l’administration Marchand, qui envisage maintenant remettre des constats d’infraction aux réfractaires. Une réglementation qui existe déjà, mais qui n’était pas réellement appliquée.

Chaque année, le Centre de valorisation énergétique (ou incinérateur) doit traiter plus de 40 000 tonnes de matières recyclables, comme le carton ou le papier. La Ville estime que 15% des matières reçues auraient pu être détournées de l’incinération.

Les 40 000 tonnes représentent l’équivalent de 8 000 camions, qui pourraient être installés pare-chocs à pare-chocs sur 80 kilomètres.

«C’est quand même assez impressionnant comme montant, quand on sait que le recyclage existe depuis à peu près 30 ans. De penser qu’on a encore 40 000 tonnes de carton aujourd’hui à l’incinérateur, ça [ne] fait pas de sens», se désole Marie-Josée Asselin, responsable de la gestion des matières résiduelles au comité exécutif.

Selon l’administration municipale, cette situation entraîne des coûts annuels de 14,74 M$, alors que les coûts de collecte, de transport et de traitement pour la récupération de ces mêmes matières se fait à coût nul pour la Ville.

En effet, le gouvernement du Québec propose un incitatif aux municipalités. Un système de redevances est en place, basé sur la performance en gestion des matières résiduelles.

«Moins on élimine de matières recyclables ou de résidus alimentaires, plus [on] nous redonne les revenus en provenance du gouvernement», explique Mme Asselin.

Ainsi, la Ville a accès à des compensations financières plus élevées si le taux de recyclage est plus élevé. Dans le cas contraire, les citoyens doivent assumer les coûts.

105 M$ plus cher par année pour la gestion des matières résiduelles

Entre 2018 et 2026, les coûts totaux de gestion des matières résiduelles ont grimpé de façon importante.

Publicité

«La gestion des matières résiduelles, c’est un poste important à la Ville de Québec. Quand on parle de la collecte, du traitement et des redevances qu’on a payées, entre 2018 et 2026, ont est passé de 63 M$ à 118 M$ du budget pour la gestion globalement des matières résiduelles à la Ville de Québec» ajoute Marie-Josée Asselin.

Le coût des redevances à payer lors de l’envoi de matières vers l’incinérateur est notamment en cause, alors qu’elle est passée de 22,62$ la tonne en 2018 à 36$ en 2026. Elle grimpera à 38$ l’an prochain.

«C’est maintenant qu’il faut agir sur cet élément-là», précise la conseillère municipale de Loretteville-Les Châtels.

Marie-Josée Asselin, responsable de la gestion des matières résiduelles au comité exécutif, et Carl Desharnais, directeur général adjoint Infrastructures durables à la Ville de Québec.
Crédit photo: Capture d’écran (Espace presse Ville de Québec)

Accompagnement gratuit et infractions

Depuis 2014, la Ville de Québec affirme qu’elle accompagne les entreprises et commerces pour leur donner les informations nécessaires autour de leur gestion des matières résiduelles.

Diagnostic personnalisé, distribution de matériel d’information et de sensibilisation, conférences et formations en milieu de travail : plusieurs outils sont mis en place.

«Malgré tout ça, après plus de 10 ans, on a encore plusieurs ICI qui font moins bien le recyclage. Et certains n’ont même pas un contenant pour faire du recyclage», souligne Carl Desharnais, directeur général Infrastructures durables de la Ville de Québec.

L’administration Marchand a donc décidé de faire appliquer différentes pénalités, déjà prévues par le règlement municipal R.V.Q. 2572.

Les ICI qui, après inspection,  ne se conforment pas aux exigences, recevront d’abord un avis de correction. Celui-ci sera suivi par un avis d’infraction, si aucun changement n’est observé.

Par la suite, un premier constat d’infraction, pouvant aller de 300$ à 2000$, pourrait être remis.

En cas de récidive, le montant grimperait entre 2000$ et 4000$, en fonction de la gravité de la situation.

Dès maintenant, l’application du règlement sera stricte pour la gestion du carton et des matières recyclables. Quant à l’utilisation des sacs mauves pour les résidus alimentaires, la Ville privilégie une approche progressive et de l’accompagnement.

Un premier bilan sera réalisé dans un an.

Nouvelle taxe ?

En février dernier, le maire Bruno Marchand prévenait déjà les commerces et entreprises qu’ils devaient améliorer leurs pratiques, à la fois en gestion de l’eau et en gestion des matières résiduelles. Si aucun changement n’était perceptible, il annonçait déjà un changement plus important à leur taxation.

Lors de son retour de vacances en août, M. Marchand a de nouveau prévenu d’une hausse substantielle de la taxe sur l’eau et les matières recyclables dans le budget qui sera déposé en décembre 2027.

Depuis un an, la Ville note une augmentation des demandes d’accompagnement de la part des ICI.

«On a cinq fois plus de demandes dans les dernières semaines. Je pense que les sorties du maire, le fait qu’on en parle depuis février dernier, laisse aussi aux entreprises l’idée qu’elles peuvent faire mieux», se réjouit d’ailleurs Marie-Josée Asselin.

Celle-ci ne s’est pas prononcée sur une hypothétique hausse de la taxation. Cependant, elle laisse entendre que le montant demandé par la Ville s’approchera davantage du coût réel du service rendu.

«On dit toujours qu’on veut garder les taxes le plus bas possible, mais quand on brûle pour 15 M$ de carton, c’est une économie qu’on peut faire tous ensemble, collectivement, très facilement», ajoute l’élue.

Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou

Retour en haut
Hub Local est un projet de Noûs Lab