La fonderie de l’Arsenal honore l’effort de guerre féminin

À quelques pas de la porte Saint-Jean se cache un pan méconnu de l’histoire de Québec. Durant les deux guerres mondiales, la fonderie de l’Arsenal était l’un des épicentres de l’industrie de l’armement canadienne. Derrière la fabrication des balles et des obus, il y avait des hommes, mais aussi des femmes.

C’est ce bout d’histoire militaire empoussiérée que l’exposition Entre leurs mains fait revivre à la fonderie de l’Arsenal. Plus qu’une exposition temporaire, il s’agit de la nouvelle fonction permanente du bâtiment. Ce dernier fait partie du parc de l’Artillerie, géré et administré par Parcs Canada.

Avec cette exposition, « on entre vraiment dans un monde qui paraît à la fois familier et plus ou moins connu. Ça permet de faire le point et d’ouvrir plusieurs discussions à ce sujet, tant sociales qu’économiques. Ça a été un gros boom économique pour la ville de Québec cette époque », rappelle Johanne Tremblay, gestionnaire des ressources culturelles à l’unité de gestion de Québec de Parcs Canada.

La fonderie se trouve juste à gauche après la porte Saint-Jean.
Crédit photo: Élisa Marchildon

L’entrée à l’exposition Entre leurs mains est gratuite. Cette dernière est accessible aux citoyens de Québec comme aux touristes de 9h30 à 17h et ce jusqu’au 7 septembre.

Un espace et des objets à découvrir

La fonderie de l’Arsenal est un bâtiment qui date du début du 20e siècle. Toutefois, le site lui-même, tout juste à l’intérieur des murs, a une histoire militaire et économique riche qui commence au 18e siècle et qui s’étend jusqu’à aujourd’hui.

Jusqu’à récemment, la fonderie de l’Arsenal abritait la maquette Duberger-By, un plan-relief montrant la ville de Québec à l’échelle 1/300. Cette dernière a été déménagée sous la terrasse Dufferin, laissant derrière elle une grande boîte de verre vide.

L’espace d’exposition est divisé en trois. D’abord, en entrant, un grand espace, qui explique les étapes de fabrication des munitions et qui regroupe des artéfacts de l’époque, accueille le public. Les objets viennent du site ainsi que de l’Arsenal de Saint-Malo, aujourd’hui situé dans le quartier Saint-Sauveur.

Ensuite, il y a une section sous la cage de verre où se situent les vestiges de la poudrière. Cette partie présente une ligne du temps du lieu et des témoignages écrits de femmes. Enfin, vers le fond de la fonderie de l’Arsenal se trouvent des gradins et un écran qui diffuse des témoignages vidéo.

L’ancienne poudrière qui se trouve sous la fonderie de l’Arsenal.
Crédit photo: Élisa Marchildon

Parmi les artéfacts, Johanne Tremblay souligne la présence d’un laissez-passer. C’est un objet qui peut sembler insignifiant aujourd’hui, mais qui est la trace physique d’un changement social à l’époque.

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La gestionnaire explique qu’avec ces cartes, les femmes « avaient une présence, une visibilité de citoyenne et de travailleuse qui était relativement nouvelle ».

« Je suis certaine que ça donnait le vertige et beaucoup de fierté à ces femmes ».

Le laissez-passer exposé à la fonderie de l’Arsenal.
Crédit photo: Élisa Marchildon

Les femmes à l’honneur

L’exposition Entre leurs mains s’inscrit dans une volonté de donner à cet endroit une fonction claire et de faire connaître son histoire méconnue : la fabrication des munitions par les femmes.

« Pour certains, quand on parle de la fonderie, il y a des grands-mères et des arrière-grands-mères, que certains ont reconnues d’ailleurs sur les photos qu’on peut voir à l’intérieur. Donc, ça rend l’histoire un peu moins abstraite », relate Johanne Tremblay.

Bien que des hommes aient également travaillé à la fonderie, Parcs Canada a choisi de mettre l’accent sur la présence féminine, car elle est rarement discutée lorsqu’il est question du passé militaire de Québec.

« Il nous semblait que c’était le moment de les mettre de l’avant et puis d’offrir un récit différent, un nouveau regard sur ce monde de l’Arsenal fédéral. Elles ont représenté une très grande part de la main-d’œuvre, ce qui était assez unique dans les industries au Canada à l’époque », raconte la gestionnaire.

Le nom de l’exposition vient quant à lui d’un désir d’uniformiser les différents sites de Parcs Canada. Pour Johanne Tremblay, Entre leurs mains a une portée symbolique, désignant « l’effort de guerre, la démocratie, la guerre, la sécurité », mais aussi les femmes elles-mêmes.

« Pour les femmes, il faut penser qu’on recherchait, bien sûr, une main-d’œuvre disponible, une main-d’œuvre bon marché, mais aussi des petites mains, certainement plus minutieuses comme on le pensait à l’époque. »

Le travail n’est pas fini

Johanne Tremblay travaille sur la reconversion de la fonderie de l’Arsenal depuis environ trois ans. L’exposition actuelle ne signe toutefois pas la fin des efforts. Le sujet demeurera le même, mais des changements seront apportés au bâtiment. Certains éléments viendront aussi bonifier l’expérience dès l’année prochaine.

« Cette année, on a aménagé les extérieurs, mais pour les intérieurs, on joue quand même avec l’espace qui est disponible, puisqu’on a toujours la cage de verre […] qui protégeait le plan-relief de Québec, donc qui sera démolie cet automne. On va retrouver déjà tout le volume intérieur de la fonderie », explique-t-elle.

La protection de verre sépare actuellement l’espace en deux.
Crédit photo: Élisa Marchildon

Cela va permettre d’avoir une vue dégagée de la poudrière qui se trouve au centre du bâtiment et d’ajouter des artefacts. Toutefois, le caractère modulable des installations est là pour rester.

« Tout ceci est pensé pour rester modulable pour l’accueil d’événements, de lancements, par exemple de livres, de conférences […] puisque le lieu, évidemment, appartient aussi à la communauté. »

Source : Monsaintsauveur (Monquartier) — Saint-Sauveur

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