Depuis le lancement officiel, la semaine dernière, du Processus d’évaluation et d’atténuation des impacts (PEAI) autour du projet de terminal de conteneurs de QSL au Port de Québec, des groupes et citoyens continuent de lever des drapeaux rouges.
Jeudi dernier, l’entreprise QSL dévoilait son avis de projet pour l’aménagement d’un terminal international de conteneurs dans le secteur portuaire de Beauport. L’Administration portuaire lançait par le fait même son processus d’évaluation et dévoilait l’échéancier envisagé.
Un avis de décision devrait être émis à l’automne 2027. D’ici là, le Port de Québec est en période d’information et de collecte des commentaires en ligne jusqu’au 24 octobre.
De plus, les 14 et 15 octobre, des assemblées publiques se tiendront au Cégep Limoilou. L’avis de projet sera présenté au public, qui pourra émettre des commentaires, afin d’«orienter l’Évaluation des effets environnementaux».
Cette évaluation préliminaire est prévue à l’hiver 2027, avant une nouvelle consultation publique à l’automne 2027. Une Évaluation des effets environnementaux finale suivra, juste avant l’avis de décision.
QSL voudrait démarrer ses activités en 2029.
«Projet polluant» et processus «biaisé», pour la Table citoyenne Littoral Est
La Table citoyenne Littoral Est avait réagi rapidement après le dévoilement de l’avis de projet. L’organisme, «qui a pour objectif d’améliorer la qualité et les conditions de vie des citoyen.ne.s des quartiers du Littoral Est», est préoccupée par l’idée de voir le Port de Québec en charge de l’évaluation environnementale.
«Les informations déposées […] ravivent nos inquiétudes. Elles rendent de plus en plus concrète la menace d’un projet polluant qui n’obtiendra jamais l’acceptabilité sociale dans Limoilou et la Basse-Ville, considérant les problèmes récurrents et graves de qualité de l’air et de camionnage dans nos quartiers», avertit Daniel Guay, porte-parole de la Table citoyenne Littoral Est.
La Table citoyenne demande au gouvernement qui sera élu lundi prochain de mandater le Bureau d’audiences publiques pour l’environnement (BAPE), afin qu’il «réalise une réelle évaluation environnementale pleinement indépendante du projet, impartiale et axée sur la science.»
«Il faut un BAPE! Le Port de Québec est juge et partie pour ce projet; il milite pour un terminal de conteneurs depuis des années, sans égards aux impacts de ce projet dans les quartiers environnants», martèle Daniel Guay.
La Table citoyenne Littoral Est estime que l’aménagement d’un terminal pour manutentionner 200 000 conteneurs par année «va à l’encontre des recommandations de la santé publique et d’un plan d’assainissement sérieux».
«Cela démontre aussi un manque de respect envers la santé des résident-es, qui subissent quotidiennement les inconvénients des émissions des activités industrialo-portuaires du parc industriel de Beauport-Limoilou», ajoute l’organisme.
La légitimité de la consultation remise en question
Dans une lettre ouverte envoyée dans les derniers jours, Martial Van Neste, président du conseil de quartier de Maizerets, estime quant à lui que la légitimité de la consultation publique menée par le Port est compromise, comme l’avis de projet «passe sous silence des constats scientifiques et sanitaires majeurs touchant directement nos quartiers».
«Pour les résidents de Maizerets, du Vieux-Limoilou, de Lairet et de Saint-Roch, la qualité de l’air n’est pas une variable abstraite : c’est un enjeu vital. Or, l’évaluation environnementale d’un projet ne peut se limiter à modéliser des rejets isolés ; elle doit impérativement considérer l’état de saturation initiale de nos quartiers», affirme M. Van Neste.
Le président du conseil de quartier de Maizerets rappelle qu’en 2021, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada rejetait le projet Laurentia, «en raison des effets cumulatifs néfastes sur un secteur dont l’air était déjà saturé en particules fines (PM 2,5)».
Il déplore aussi que l’avis de projet ne tienne pas compte de conclusions avancées dans le rapport Mon Environnement, Ma Santé (MEMS), déposé en 2023 par la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale. Martial Van Neste rappelle que ce document recommande «”d’éviter tout projet augmentant le débit routier” dans Limoilou—Vanier—Basse-Ville».
Celui-ci mentionne que la Direction de santé publique avait établi qu’une exposition aux particules fines était liée au développement de l’asthme pour une vingtaine d’enfants par année et à environ 33 décès prématurés par maladie cardiaque ischémique chaque année dans les quartiers environnants.
«Pourtant, au chapitre 5.2 de l’avis de projet consacré à l’air et à la santé, les constats de l’AEIC et le rapport MEMS brillent par leur absence. Pire : les auteurs osent affirmer que la santé de la population locale “se compare favorablement à celle de la province”», se désole Martial Van Neste.

Crédit photo: Mathilde Bellon (archives)
Pour lui, l’entreprise QSL et les ingénieurs d’AtkinsRealis signataires de l’avis de projet dépeignent «un portrait environnemental qui cache les données sanitaires officielles du secteur».
Martial Van Neste dénonce finalement la durée de 30 jours accordée pour réagir à l’avis de projet.
«Les citoyens n’ont ni le mandat ni les ressources pour combler les angles morts d’un promoteur et rétablir les faits. Dans ces conditions, aucune consultation éclairée n’est possible», déplore-t-il.
M. Van Neste souhaite que l’Administration portuaire de Québec déclare l’avis «irrecevable tant qu’il n’aura pas été révisé en intégrant l’ensemble des données scientifiques et sanitaires de notre milieu».
Des efforts de plantation «annulés» ?
De son côté, Emprises espaces urbains, organisme qui se spécialise dans la plantation d’arbres à grand déploiement, s’inquiète face à «une augmentation du volume du camionnage et [au] chargement de trains de plusieurs kilomètres de long», qui entraîneraient davantage de pollution atmosphérique dans Limoilou, la Basse-Ville et Vanier.
«Avec ses voisins et partenaires, Emprises a déjà planté plus de 1 000 arbres à grand déploiement et lancé une première fiducie d’utilité sociale de reboisement urbain. Nous analysons aussi l’impact de la canopée des arbres sur les flux de particules fines et les poussières. Tous ces efforts seraient annulés par une nouvelle hausse de la pollution sonore et atmosphérique en amont; un net recul pour nos quartiers!», prévient l’organisme.
Celui-ci indique être «favorable à tout projet de développement exemplaire qui générerait un impact net positif sur la qualité de vie des résidents des quartiers centraux». Mais pour cela, les promoteurs devront répondre aux recommandations des rapports MEMS et GTCA (Groupe de travail sur la contamination atmosphérique).
S’inspirant des aspirations évoquées dans le recueil Rêvons Québec 2050, Emprises estime que «pour faire de ces aspirations une réalité, l’injustice sociale et environnementale historique dont nos quartiers font les frais doit d’abord cesser».
«Emprises invite QSL et ses partenaires à saisir aujourd’hui cette opportunité pour solidifier la relation entre les acteurs portuaires et la collectivité en améliorant la qualité de vie des communautés riveraines», mentionne le communiqué.
Un BAPE pour le PQ et QS
Les deux partis possiblement en tête dans Jean-Lesage et Taschereau, soit le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS), sont favorables à la demande d’un BAPE.
Lors du débat des candidats dans Jean-Lesage, le candidat péquiste Claude Villeneuve soulignait que ce BAPE pourrait à la fois cibler les conséquences néfastes, mais aussi les avantages possibles, comme une diminution du transbordement en vrac. Une position alors dénoncée par son adversaire de Québec solidaire, Sol Zanetti, qui la qualifiait de «mirage».
Ce dernier avait aussi réagi défavorablement lors de la publication de l’avis de projet.
«Il faut prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer notre santé, et cela passe par une évaluation indépendante du projet avec un BAPE qui prend aussi en compte les impacts à l’extérieur des limites portuaires», déclarait-il par communiqué.
De son côté, la libérale Gertrude Bourdon a expliqué avoir rencontré QSL, mais ne s’est pas avancée sur la position du parti. En réponse à un questionnaire de la Table citoyenne Littoral Est, le PLQ aurait mentionné son appui au projet s’il y a acceptabilité sociale.

Crédit photo: Christophe Gagnon-Fortin
Finalement, même s’il entretient un certain préjugé favorable au projet, le maire de Québec Bruno Marchand souhaite que le processus en cours permette de se pencher sur les enjeux liés au camionnage.
«Le processus qui s’amorce vise précisément à identifier les améliorations à apporter au projet ou les manières d’en atténuer les impacts. Dans le cas du camionnage, toutes les mesures permettant d’éviter d’ajouter du trafic lourd à proximité des lieux habités, dont sur le boulevard Henri-Bourassa, devront être analysées», répond son cabinet.
Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou