Tambours, sifflets et slogans ont retenti mercredi midi dans Saint-Jean-Baptiste. Pas pour la fête du Canada, mais bien pour ces milliers de locataires qui continuent à être malmenés en ce premier juillet.
Cette manifestation était la première action de la Coalition contre le logement cher (COLOC) créée en avril 2026 et rassemblant 121 groupes membres. La COLOC, comme son nom l’indique, dénonce l’inabordabilité du logement, un facteur clé de la crise actuelle.
Catherine Lussier, co-porte-parole du regroupement, explique qu’« il y a eu de la construction de logements, mais on a des taux d’inoccupation qui ont augmenté, si on regarde les comparatifs avec les dernières années. Ce qu’on a construit, c’est du logement cher».
Cette situation ferait en sorte qu’une grande proportion de locataires ne peut tout simplement pas se permettre ces nouveaux appartements.
Pour le 1er juillet, la COLOC formulait 3 demandes, adressées à la classe politique du Québec : un véritable contrôle des loyers, le développement massif de logements sociaux et la reconnaissance du droit au logement.
Ces demandes sont complémentaires, selon celle qui est aussi coordonnatrice au FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain).
« Pour nous, l’ensemble est urgent, en fait. Le temps de construire du logement social, on a quand même besoin de protéger le parc de logements locatifs qui nous reste encore, qu’il soit abordable. Toutefois [pour] ça, ça prend un meilleur contrôle des loyers. […] C’est clair qu’on ne peut pas faire juste un sans faire l’autre ».

Crédit photo: Élisa Marchildon
Classe politique
À quelques mois des élections, cette action et les suivantes visent à attirer l’attention des partis politiques.
Après près de 8 ans d’un gouvernement de la CAQ, la COLOC estime que peu s’est fait dans ce domaine. Pire, il « contribue maintenant à la situation », selon Catherine Lussier.
Il est donc important de faire valoir l’urgence de la situation.
« On a vu certains se mouiller, notamment le PQ, qui parle de ramener l’ancien programme AccèsLogis, qui finançait spécifiquement le logement social. Le Parti libéral s’est prononcé un peu contre [les logements] abordables intermédiaires. Toutefois, à l’heure actuelle, à part, je crois, Québec solidaire, il n’y a personne qui s’est vraiment dit “On va développer tant de logements sociaux”. On n’a pas de nombre sur la table », énumère la co-porte-parole.
La CAQ a annoncé la fin du programme AccèsLogis au début de 2023. Ce dernier avait comme but de « favoriser la création de logements sociaux et communautaires ». Elle l’a remplacé par le Programme d’habitation abordable Québec, qui finance notamment la construction des nouveaux appartements dits « abordables intermédiaires », grandement critiqués par la COLOC.
Etienne Grandmont, le député de Taschereau, était présent à la manifestation. Fortement en accord avec les demandes exprimées par la COLOC, il a souligné l’aspect « hautement préoccupant de voir [les autres partis] si peu vocaux sur la question du logement ».

Crédit photo: Élisa Marchildon
Le député de Québec solidaire a également tenu à rappeler que le loyer occupe la première place dans les dépenses des ménages. Il est ensuite suivi par le transport et l’alimentation. Il s’agit également d’une dépense « incompressible », contrairement aux autres, d’où la nécessité de travailler activement vers des solutions.
Farnell Morisset, candidat dans Taschereau avec le Parti libéral, était le seul autre membre d’un parti politique présent. Pour lui, les logements au loyer abordable sont une nécessité, mais aussi « des investissements, parce que chaque dollar qu’on va mettre [dans les logements sociaux ou communautaires] on va en économiser plus, plus tard, par les gens qu’on n’aura pas échappés ».
La situation à Québec
Dans l’ensemble, l’accessibilité au logement est de plus en plus difficile dans la province. Depuis 2022, date de la dernière élection, le loyer moyen a augmenté de 30 %. Cette hausse est inquiétante pour tout le monde, mais en particulier pour les personnes seules et celles qui vivent déjà de la discrimination quant à l’accès au logement.
La sonnette d’alarme retentit également dans la capitale. Selon Catherine Lussier, en un an, le loyer moyen a haussé de 24 % dans Limoilou. Plus généralement dans la Capitale-Nationale, les demandes d’aide pour trouver un appartement ou se loger de façon temporaire ont augmenté de façon significative.
Pour Farnell Morisset, « on ne peut pas passer à côté de la réalité dans Saint-Roch, ça se cristallise là, mais ça se passe à travers la ville au complet ».
La précarité va bien au-delà des zones visibles comme Saint-Roch. Dans Saint-Jean-Baptiste, une résidente et ses voisins d’immeuble se battent pour rester chez eux.
« Mon immeuble a été racheté il y a 2 ans par une société immobilière. Depuis, ils ont essayé par tous les moyens possible de nous évincer. Au début avec une tentative de rénoviction classique […], et quand ils se sont rendu compte que ça ne fonctionnait pas, ils ont essayé d’augmenter nos loyers. Cette année, on a eu une hausse de près de 14 %, avec aucune rénovation », raconte la résidente, présente lors de la manifestation.

Crédit photo: Élisa Marchildon
Toutefois, pour cette résidente comme pour les personnes présentes ce 1er juillet, il n’est pas question de baisser les bras, surtout avant les élections. « C’est la première étape, ce n’est pas la dernière », a lancé Catherine Lussier, lors de sa prise de parole finale.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement