Le mot « énergique » est un euphémisme pour décrire le spectacle offert par Gwen Stefani, jeudi soir, sur les plaines d’Abraham. Pendant 90 minutes, la chanteuse californienne a enchaîné les succès avec une précision remarquable, démontrant qu’elle n’est pas simplement une artiste du passé venue revisiter ses classiques.
À 56 ans, Gwen Stefani pourrait donner une leçon à bien des artistes ayant la moitié de son âge. Elle court, danse, multiplie les chorégraphies et traverse la scène sans que sa voix ne semble jamais en souffrir. Peu d’artistes peuvent maintenir une telle intensité, tout en conservant une aussi grande stabilité vocale.
Une entrée à fond la caisse
Dans une soirée plus fraîche que les précédentes au Festival d’été de Québec, plusieurs festivaliers avaient sorti les chandails. L’ambiance, elle, n’a pas tardé à se réchauffer.
Vêtue d’un ensemble à carreaux jaunes et noirs et accompagnée de six danseurs, Gwen Stefani est montée sur scène avec The Sweet Escape. Dès les premières minutes, le ton était donné : chorégraphies millimétrées, déplacements constants et une énergie qui ne faiblira pratiquement jamais.
Lors de l’annonce de sa programmation en mars dernier, le FEQ avait promit une artiste à la réputation singulièrement gentille et généreuse, et ce fut le cas. Charmante et charismatique à souhait, la Californienne a chouchouté son public pendant les 90 minutes de son tour de chant.
Un véritable juke-box à succès
Il y a des artistes dont on connaît un ou deux grands succès. Puis il y a ceux dont on réalise à quel point leur répertoire est vaste.
C’est exactement ce qui s’est produit jeudi soir.
Sur la vingtaine de chansons présentées, l’immense majorité étaient des titres reconnus dès les premières notes. Entre sa carrière solo et les succès de No Doubt, Gwen Stefani possède un catalogue qui a marqué plusieurs époques.
Avec dix chansons classées dans le Top 10 du Billboard Hot 100, trois Grammy Awards et plus de 50 millions d’albums vendus, l’ampleur de son parcours devient évidente lorsqu’on voit le public reprendre ses refrains.
Hey Baby lance véritablement la fête avec son mélange de reggae et de pop, alors que It’s My Life permet d’apprécier une voix capable de passer des graves aux aigus avec une grande facilité. Même Underneath It All, beaucoup plus calme, réussit à garder les Plaines attentives.

Crédit photo: Dylan Page (Festival d’été de Québec) – photo recadrée
Profession : bête de scène
Le spectacle avance avec une efficacité impressionnante. Les moments plus posés arrivent au bon moment, avant qu’un autre succès ne relance la soirée.
Hella good a fait sauter des dizaines de milliers de personnes, tandis que Used to Love You a permis à Gwen Stefani de changer de costume avant de revenir dans un ensemble rose bonbon.
Puis vient Wind It Up, chanson plus bon enfant inspirée de La Mélodie du bonheur, qui mélange yodel et hip-hop, suivie de Rich Girl, l’un de ses plus grands succès radio. Le contraste est surprenant, mais il représente bien l’univers de Gwen Stefani : une artiste capable de passer d’un style à l’autre sans perdre son public.
Le moment de grâce survient toutefois avec Don’t Speak. Plus de 30 ans après sa sortie, le succès de No Doubt conserve toute sa force.
C’est à ce moment qu’on mesure l’impact de Gwen Stefani : elle n’interprète plus seulement une chanson, elle partage un souvenir collectif.
La finale confirme cette impression. I’m Just a Girl fait exploser les Plaines avant que Hollaback Girl ne mette un terme au spectacle.
Deux chansons associées à son univers et souvent perçues comme des hymnes féminins, mais qui n’ont pas empêché les nombreux hommes présents dans la foule de les chanter avec autant de plaisir que le reste du public.
Ces chansons ont dépassé leur époque et leur public d’origine pour devenir de véritables classiques de la pop.
Une proximité dont plusieurs devraient s’inspirer
Même devant des dizaines de milliers de personnes, Gwen Stefani réussit à créer un véritable lien avec son public.
« Ce soir, on se fait des souvenirs. J’ai une pile d’amour à donner », lance-t-elle avant de faire monter un premier spectateur sur scène.
Visiblement dépassé par le moment, le jeune homme semblait incapable de réaliser ce qui lui arrivait.
Un peu plus tard, elle invite une autre admiratrice à la rejoindre et lui lance en riant :
« Viens ici et donne-moi un bisou sur les lèvres! »
Ces échanges témoignent d’une artiste qui prend autant plaisir à partager la scène qu’à interpréter ses chansons.
Une icône qui transcende les générations
Gwen Stefani appartient à cette rare catégorie d’artistes capables de traverser les époques.
Dominante de la scène pop de la fin des années 1990 jusqu’au milieu des années 2010, elle a d’abord marqué toute une génération avec No Doubt. Elle connaît ensuite une carrière solo couronnée de succès.
Les plaines d’Abraham en offraient la preuve : adolescentes et festivaliers présents depuis ses débuts se côtoyaient devant la scène.
Des chansons comme Don’t Speak, I’m Just a Girl et Hollaback Girl ont traversé les années au point de devenir des références de la culture pop.
Jessia Reyez : une première partie pleine de personnalité
Avant Gwen Stefani, la Canado-Colombienne Jessia Reyez avait la tâche de préparer le terrain. Elle même avait été précédé de la jeune britannique Mimi Webb.
Très généreuse avec la foule, elle a multiplié les échanges entre les chansons et est même allée quelques fois dans la foule pour tester son français. Sa musique, plus sensuelle, contrastait avec celle de la tête d’affiche, mais son charme magnétique a rapidement retenu l’attention.
Son abondance de « fuck », lancés avec un naturel désarmant, a ajouté une touche d’humour à une prestation déjà spontanée et très solide pour une artiste de première partie.

Crédit photo: Dylan Page (Festival d’été de Québec)
Gwen Stefani prouve qu’elle appartient encore au présent
Gwen Stefani arrivait aux plaines d’Abraham avec un immense héritage musical. Elle en repart avec la preuve qu’elle est encore capable de transformer cet héritage en un spectacle vivant, rassembleur et actuel.
À 56 ans, elle n’a rien perdu de son instinct de performeuse. Son passage au Festival d’été de Québec n’a pas seulement rappelé l’importance de ses succès d’hier : il a confirmé qu’elle a encore toute sa place parmi les grandes artistes de scène d’aujourd’hui.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement