Le nom de Geneviève Dorval apparaît sur les bulletins de vote dans la circonscription de Jean-Lesage, où elle représente le Parti nul. Elle sait pertinemment qu’elle ne sera pas élue députée, mais elle souhaite «donner une voix politique aux gens insatisfaits des options présentées».
Questionnée d’entrée de jeu sur son parcours professionnel ou son implication citoyenne, Geneviève Dorval répond que, qui elle est en tant qu’individu, ça «n’a vraiment aucune importance».
«Je n’ai aucune attente d’être élue ou de représenter les électeurs et électrices de Jean-Lesage. Je viens juste prêter mon identité au parti. Pour les électeurs et électrices de Jean-Lesage, je vais vraiment juste être leur case “aucune de ces réponses”», explique Mme Dorval au téléphone.
Elle estime que le système électoral, qui date de 1791, «n’est absolument pas adapté aux enjeux du 21e siècle».
«On élit toujours des gens très, très aisés, qui sont en complet décalage avec les intérêts de la société», ajoute celle qui se considère davantage à gauche.
Pourquoi choisir le Parti NUL ?
Le Parti NUL a été fondé en 2009 et Renaud Blais en est le chef depuis sa fondation. Jenny Cartwright est maintenant codirigeante du parti.
«Le Parti NUL est fondé sur le constat qu’au Québec, c’est impossible d’annuler son vote. Notre système électoral ne permet pas d’exprimer un refus envers la démocratie représentative, les inégalités économiques, l’injustice, etc. », précise Geneviève Dorval.
Celle-ci se reconnaît dans les autres grandes valeurs défendues par le parti, comme l’antifascisme, l’antiracisme et le féminisme.
Par ailleurs, Geneviève Dorval précise qu’elle ne voit pas le Parti NUL comme un «parti politique au sens strict».
«On se considère vraiment plus comme une forme concrète d’implication citoyenne», ajoute-t-elle.
Pour donner le goût à la population de Jean-Lesage de cocher son nom, la candidate explique qu’un vote pour le Parti NUL permet aussi de corriger une iniquité du système de financement des partis.
«Je trouve qu’un des avantages majeurs du Parti NUL, c’est de permettre aux gens de ne pas financer les partis établis en restant chez eux. Les gens qui décident de ne pas aller voter financent quand même les partis établis», explique Geneviève Dorval.
En effet, l’enveloppe de financement public destinée aux partis est calculée à partir du nombre de personnes inscrites sur la liste électorale, mais en fonction du pourcentage de votes valides. Ainsi, le montant ne tient pas compte des votes rejetés ou des abstentions.
«Ça vaut la peine de sortir de chez nous et de voter pour le Parti NUL, si on n’a pas envie de consentir à tout ça», ajoute Mme Dorval.
Un documentaire éclairant
En 2025, la cinéaste Jenny Cartwright présentait son documentaire Les perdants, disponible sur le site de l’Office national du film (ONF).
C’est le visionnement de ce film qui a joué le rôle d’élément déclencheur dans les réflexions de Geneviève Dorval.
«Elle décortique dans les moindres détails les origines de notre mode de scrutin et les immenses distorsions qui sont recréées à chaque élection. C’est vraiment là où j’ai eu la cassure et que je me suis dit “je pense que ça ne vaut plus la peine de participer”», explique-t-elle.
Pour Geneviève Dorval, le documentaire montre à quel point «notre démocratie est en danger». D’ailleurs, la réalisatrice, en plus d’être codirigeante, est également candidate pour le Parti NUL dans la circonscription de Mercier.
Geneviève Dorval lance un dernier message aux personnes qui vivent aussi des doutes envers le système électoral et qui envisagent de ne pas aller voter.
«Leur refus est légitime et nous on le reconnaît», conclut la représentante du Parti NUL.
Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou