FEQ : Souldia, prince de Limoilou, conquiert les plaines d’Abraham

Pari réussi pour le Festival d’été de Québec, qui offrait lundi soir sur les plaines d’Abraham une grande célébration du rap québécois. Souldia en a mis plein les yeux et les oreilles, invitant sur scène de nombreux grands noms du genre. Koriass et FouKi avaient d’ailleurs lancé les festivités de belle façon avant lui.

Pas de doute, le public de Québec était prêt pour recevoir cette proposition, alors que les Plaines étaient bien remplies dès 19h45, au moment de l’entrée sur scène de Koriass et FouKi.

Il faut dire que le genre a grandement évolué au cours des 10 dernières années et sa popularité n’a cessé de croitre. Celle-ci a culminé avec l’arrivée de Souldia sur scène, capuchon sur la tête, presque comme un personnage d’un jeu vidéo à la Assassin’s Creed. Ça allait donc presque de soi qu’il lance sa soirée avec Diablo, sortie en 2023, qui est aussi le titre d’une franchise de jeu vidéo assez connue.

D’ailleurs, les animations sur les écrans semblaient sortis à la fois d’un univers vidéoludique ou d’une iconographie habituellement plutôt associée aux groupes de métal.

Souldia n’a pas manqué de rappeler qu’il réalisait son «rêve de gamin» de Limoilou, évoquant ses souvenirs d’enfance au FEQ, lorsqu’il avait assisté à des prestations de groupes comme Metallica et Scorpions.

«J’y crois même pas moi-même», a-t-il notamment lancé, semblant parfois dépassé par l’amour reçu du public devant lui.

Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée

On pouvait ressentir une petite nervosité au tout début du spectacle, qui n’affectait pas du tout sa performance.

Mais au fur et à mesure que le spectacle progressait, le rappeur gagnait en assurance, profitant de chaque moment qu’il était en train de vivre. Appuyé par flammes et feux d’artifice, ce spectacle, autant dans la prestation que dans la mise en scène, n’avait rien à envier aux grands noms internationaux qui sont passés avant lui.

De la la prison aux Plaines

Souldia ne s’en est jamais caché, il possède un passé teinté de criminalité, ayant passé près de trois ans derrière les barreaux, entre 2009 et 2011, pour possession d’arme prohibée et chargée.

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Depuis, il s’est repris en main et est devenu un homme de famille, lui qui est père de deux enfants. Cette Nouvelle vie, il l’embrasse à plein, comme il l’a fait avec la foule qui a embarqué sur la chanson éponyme de son 12e album, sorti en 2024. Les premières pièces du spectacle font d’ailleurs beaucoup référence à cette transition entre le monde criminel et cette vie plus rangée.

Plus tard, sur I Love U, sa musique se rapproche d’un rock beaucoup plus lourd, alors qu’on sent l’influence de groupes qui ont marqué son enfance. D’ailleurs, cette pièce évoque qu’avec sa voix rauque, son « rap devient le nouveau rock ». Cette pièce fut d’ailleurs l’un des plus gros succès de foule dans la première partie du spectacle.

Puis, avec Ni Dieu ni maître, c’était le calme après la tempête, alors que cette pièce plus engagée a permis de faire descendre d’un cran les décibels et de profiter de la douceur du rappeur.

Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée

Des invités qui déménagent

Après Monstrueux, Souldia a fait venir son premier invité sur scène, Koriass, qui avait encore de l’énergie après sa prestation précédente. Avec Rêve éveillé, ils ont démontré toute la force du « rap québ », qui se déploie dans toute sa splendeur avec ses nombreuses collaborations entre artistes.

Les deux ont démontré la maîtrise de leur outil de travail sur un flow très rapide. L’énergie de ce duo était bien différente de celle, plus espiègle, offerte par Koriass avec FouKi. Mais on ressentait surtout la fierté de voir ces deux rappeurs occuper la plus grande scène, dans un des moments forts du spectacle, qui en a connu plusieurs.

Souldia a d’ailleurs salué son «frérot». Cette notion de famille, elle ne s’applique pas qu’à sa vie personnelle, mais aussi à son entourage d’artistes. La présence de Jay Scott, un duo efficace sur la magnifique Grand frère, qui s’éloigne du rap plus lourd, était même touchante.

Avec Illégal, dont certaines notes venaient rappeler le succès de Marjo, Souldia nous fait découvrir Fléau Dicaprio, un jeune nom du rap montréalais, dont le style se marie à merveille avec celui du rappeur limoulois (et pas seulement pour un nombre presque similaire de tatouages sur le corps et la tête).

Roxane Bruneau (Côté passager et Ride or Die)  a assuré une présence féminine (en plus des choristes et danseuses). Ces duos avec l’autrice-compositrice-interprète ont été particulièrement efficaces (et appréciés par le public).

L’arrivée de Die-On, que Souldia va chercher dans la foule, est aussi un autre beau moment, alors que le duo a interprété Il était une fois et Dopamine. Les deux ont semblé avoir un plaisir fou de se retrouver.

Communion

Si c’était la grand-messe du rap, Souldia a parfois offert de grands moments de communion sur les Plaines. Il s’est montré vulnérable, touchant et ému en interprétant Ceci n’est pas une chanson triste, une très belle pièce rendant hommage à sa défunte mère.

Cette communion s’est poursuivie plus tard avec A pour amour, une pièce cette fois adressée aux plus jeunes. Il a d’ailleurs fait chanté des jeunes filles qui semblaient connaitre admirablement les paroles de ce succès enregistré avec sa fille Sophia.

Souldia, pendant l’interprétation de A pour amour, avec des jeunes filles de l’assistance.
Crédit photo: Sam Billington (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée

Les collaborations se sont enchaînées toute la soirée avec Rymz, White-B, MB et Lost, puis l’arrivée de Loud a vraiment amorcé la dernière pétarade, avec un excellent duo sur Rêve de jeunesse.

FouKi est revenu s’amuser sur scène sur La vie qu’on mène, avant que le vétéran Manu Militari ne vienne annoncer Le rappel, sur une autre pièce particulièrement efficace.

Puis, Souldia a véritablement rendu hommage à Limoilou, lui qui a grandi dans Maizerets. Lorsque Mariem, « la mairesse de Limoilou », est venue le rejoindre sur scène pour Le sablier, les deux avaient enfilé un chandail sur lequel on pouvait lire « Limoilou Starz Limoilou Style ».

Il y a eu une légère désynchronisation entre les deux, mais après une performance quasi sans failles et hyper exigeante pour la voix de Souldia, tout était pardonné.

Celui-ci a ensuite conclu en solo avec Mélomane et Devil en l’air, avant de proposer à la foule de se déhancher une dernière fois sur la sensuelle Valentina.

En offrant un ultime salut au public, accompagné de «sa famille» du rap québécois, la fierté du petit Kevin St-Laurent de Limoilou traversait les plaines d’Abraham. Et cette fierté, elle était partagée par la foule, qui se disait : lui, il vient de chez nous!

Tout le monde est invité au party de Koriass et Fouki

Avant de revenir plus tard avec Souldia, Koriass (Emmanuel Dubois) et FouKi (Léo Fugères) avaient mis la table de brillante façon, en organisant un gros party, qui aurait pu séduire les plus réfractaires au genre musical.

Les rappeurs ont lancé le tout de belle façon avec Plus haut, de l’album éponyme de Koriass paru en 2016. Les deux artistes ont rapidement mis le public dans leur petite poche pour la vingtaine de chansons qui allaient s’enchaîner, devant une assistance hyper réceptive.

Et avec Bénis (étrangement, avec Marée haute, l’une des rares chansons provenant de l’album Génies en herbe, produit par les deux hommes en 2020), la fête s’était officiellement emparée du public. Celle-ci en a eu rapidement pour son argent avec Lait de chèvre, une chanson de Koriass de 2018, sur laquelle FouKi s’était invité.

Pendant toute leur prestation, celui-ci était animé d’une énergie contagieuse, sautant et dansant un peu partout sur la scène. D’ailleurs, les deux artistes ressemblaient à deux petits garçons espiègles qui n’avaient le goût que d’une chose : s’amuser à mort!

Koriass et FouKi se produisaient avant Souldia, sur les plaines d’Abraham.
Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée

Les deux ont partagé cette énergie en accueillant quelques invités sur scène, dont St-Prince (Détour) et Alicia Moffett (Ciel). Mais c’est véritablement l’arrivée de Jay Scott qui fait exploser les Plaines, d’abord avec Matusalem, puis avec l’énorme succès Copilote (ou Capitole, selon Ginette Reno). Jay Scott a fait une dernière prestation sur B & C, dans laquelle FouKi a aussi pu démontrer qu’il est capable de tenir une note longtemps.

Les succès solo de Koriass (Enfant de l’asphalte, Cinq à sept) et de FouKi (Gayé) ont été particulièrement efficaces. FouKi a d’ailleurs « fait honneur » à sa réputation, en s’allumant un joint sur scène, moment particulièrement applaudi par le public.

Le duo a conclu sa prestation sans failles en donnant la claque au public avec Slap, qui allait ouvrir la voie pour le rap plus lourd de Souldia.

Sensei H, rien à envier aux vétérans

Pour lancer la grand-messe du rap québécois, le FEQ a misé sur Sensei H (de son vrai nom Sirine Hassini). Celle-ci avait déjà ouvert pour Souldia en 2019 à l’Impérial Bell.

Même si les artistes qui assurent le début de la soirée sur les Plaines ont parfois de la difficulté à faire lever la foule, en attente de la tête d’affiche, la rappeuse de Québec a réussi à réchauffer le public de belle façon. Elle s’est probablement gagnée quelques nouveaux admirateurs au passage.

Sensei H sur les plaines d’Abraham
Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée

Dès la deuxième chanson, L’amour du troisième couplet, son énergie a véritablement commencé à traverser l’avant-scène. Et avec Longtemps, elle a ensuite fait démontré l’étendue de son talent, avec un flow ultra rapide et lourd.

Sensei H joue d’ailleurs sur un rap qui se rapproche du rock sur plusieurs de ses œuvres, choix qui s’inscrivait bien pour préparer l’arrivée de Souldia.

À l’instar de la tête d’affiche, elle indique que cette performance sur les plaines d’Abraham était un peu comme un rêve qui se réalise. Cette solide performance prouve qu’elle a encore le droit de rêver, alors que cette musique n’a rien à envier à celle des vétérans du rap.

Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou

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