Autre visite à Québec, autre soirée réussie pour la troupe de Matthew Bellamy! Alternant entre les plus gros succès et les pièces de The WOW! Signal, son 10e album, sorti en 2026, le groupe britannique Muse a mis le feu aux plaines d’Abraham, qui ont sans doute accueilli la plus grosse foule de cette édition du Festival d’été de Québec.
Dès que les lumières se sont éteintes et que les premières notes ont retenti, les téléphones se sont ouverts pour filmer l’arrivée sur scène de Muse, qui a encore une fois offert un concert mémorable aux dizaines de milliers de spectateurs présents vendredi soir sur les Plaines.
Le rouge était à l’honneur pour ouvrir le spectacle, tant dans les éclairages que dans les costumes des musiciens. Matthew Bellamy portait notamment un veston et des pantalons de couleur rouge, qui était aussi celle de sa guitare et de son micro.
La formation a lancé les festivités avec Hysteria, un succès de 2003, qui a immédiatement embarqué la foule, notamment durant le solo de guitare de Bellamy, qui a régulièrement emprunté la plateforme s’avançant vers le public.
Celle-ci allait avoir les oreilles pleines d’un rock assumé, mais aux inspirations variées, d’une chanson à l’autre, prouvant que Muse ne produit pas une musique figée dans le temps.

Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée
Des chansons moins connues, mais qui résonnent
Dès la deuxième pièce, Muse nous fait découvrir Cryogen, chanson tirée du plus récent album. Si, à l’exception des connaisseurs, les spectateurs ne chantent pas en choeur les paroles, ils embarquent tout de même dans le jeu proposé par Bellamy et ses comparses.
Ceux-ci offrent, surtout en première partie de spectacle, presque parfaitement en alternance les plus gros tubes et les chansons plus récentes. L’album The WOW! Signal est résolument teinté d’influences plus électroniques et s’inspire parfois de musique des années 1980. C’est le cas d’Hexagons, qui aurait bien pu se retrouver sur la trame sonore de la série Stranger Things.
Avec Unraveling, toujours du dernier album, on utilise les synthétiseurs à bon escient, mais on se lance en deuxième partie de chanson dans un rock très lourd et qui décoiffe.
Et avec Be With You, Muse offre un savoureux mélange, qui comprend une ouverture à l’orgue, avant que le groupe ne se lance dans une musique pop très énergique, ayant le potentiel de devenir un gros succès rassembleur. Les confettis ont d’ailleurs été envoyés pour l’occasion.
Puis, vers la fin du spectacle, Bellamy s’amuse particulièrement sur Nightshift Superstar, au moment où il enfile un veston et des lunettes lumineuses, se lançant dans un rock très influencé par le disco et l’électro. Avec la projection de laser, on avait presque l’impression qu’on préparait le terrain pour le spectacle du DJ Martin Garrix, prévu le lendemain.
Ces pièces profitent aussi de la présence d’un quatrième membre pendant la tournée, soit le claviériste Dan Lancaster. Celui-ci a d’ailleurs proposé, avec le batteur Dominic Howard, un remixage de The 2nd Law : Isolated System, qu’on pourrait bien entendre dans un club.

Crédit photo: Sébastien Dion (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée
Muse, une machine à succès
Même les gens qui ne connaissent pas nécessairement le groupe reconnaîtront au moins quelques succès, pour les avoir entendus dans des films, des séries ou même des jeux vidéo.
C’est le cas de Supermassive Black Hole, succès de 2006, qu’on retrouve notamment dans FIFA 07 et FIFA 23. Troisième pièce du spectacle, la chanson a permis de mettre de l’avant le talent de tous les membres du groupe, incluant Dominic Howard à la batterie et Christopher Wolstenholme à la basse.
Autre hymne redoutable, Resistance offre à la foule une autre occasion de chanter et taper des mains, sous les indications d’un Matthew Bellamy en pleine possession de ses moyens.
Chez Muse, on sent aussi beaucoup d’inspiration provenant de l’univers de la science-fiction ou des œuvres dystopiques. Les références au roman 1984 sont nombreuses sur Resistance. Puis, pour lancer la chanson de 2015 Psycho, le public a droit à un extrait du robot HAL, de 2001, l’Odyssée de l’Espace, moment où la couleur rouge revient au devant de la scène. Le style rétrofuturiste sied bien à Muse.
Avec Madness, on découvre des sonorités différentes, qui flirtent avec le R’n’B et la pop. Chanson très rythmée, elle permet aussi au chanteur d’aller chercher des notes plus aigues et de démontrer la maitrise de son outil vocal.
À quelques chansons de la fin, Muse livre enfin deux des pièces les plus attendues. Appuyé par les flammes, Uprising livre complètement la marchandise, et Wolstenholme fait sortir de sa basse des sons ressemblant à ceux d’un synthétiseur. Le bassiste se démarque encore juste après, cette fois à l’aide de son harmonica.
Il interprète la musique issue du classique du western spaghetti Once Upon a Time in the West, avant que le groupe ne se lance avec le méga succès Knights of Cydonia, autre moment fort. Puis, juste avant le rappel, Undisclosed Desires et Starlight poursuivent la liste de succès.
Le groupe conclut cette pétarade avec sa pièce de 2006 Take a Bow, que le groupe interprète pour la première fois en six ans lors de la tournée actuelle. Ingénieuse mise en scène que celle de projeter les paroles sur les lunettes de Matthew Bellamy.
Même si Matthew Bellamy s’est assez peu adressé au public, celui-ci a eu ce qu’il demandait : un excellent spectacle de rock! Et on a le sentiment que le groupe reviendra à Québec plus tôt que tard.
Mother Mother, comme un feu roulant, mais sans magie
Un sentiment d’urgence semblait habiter les membres du groupe rock indépendant britanno-colombien Mother Mother. Les cinq membres de la formation ont enchaîné un peu plus d’une quinzaine de pièces, presque sans interruption. Une bonne partie du public semblait plutôt distraite pendant ce spectacle.
Mother Mother en est déjà à plus de 20 ans d’existence, mené par le chanteur et guitariste Ryan Guldmemond, ainsi que par deux chanteuses et claviéristes (Molly Guldemond, la sœur de l’autre, et Jasmin Parkin). Le groupe est complété par le bassiste Mike Young et le batteur Ali Siadat.

Crédit photo: Stéphane Bourgeois (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée
Même le medley formé de Hayloft, qui a connu une certaine popularité sur la plateforme TiKToK, et d’In Bloom, de Nirvana, n’a pas réussi à embarquer la foule. On aurait dit que le répertoire de Nirvana n’est plus tellement connu des plus jeunes générations.
Le mariage des voix de Ryan et Molly Guldemond, avec Jasmin Parkin, est cependant assez convaincant et offre un style qu’on n’entend pas si régulièrement. Le timbre de Molly Guldemond peut légèrement rappeler celui d’Emily Haines, de Metric.
Certaines chansons intégraient un peu de rap, dans un style résolument rock, comme Verbatim, chanson de 2005, durant laquelle le groupe a été particulièrement énergique. Cette fougue était aussi présente en toute fin de spectacle sur Hayloft 2, mais elle n’a malheureusement pas beaucoup résonné dans la foule, résolument en attente de la troupe de Matthew Bellamy.
Last Train, les rockeurs alsaciens
Les gars du groupe Last Train, formé en 2007 à Altkirch, dans la région alsacienne, n’ont pas lésiné sur les efforts pour embarquer la foule dans une première partie qui allait donner le ton à la soirée.
Le leader du groupe Jean-Noël Scherrer s’est démené durant les six chansons interprétées énergiquement par le quatuor français. La foule a d’ailleurs réagi positivement en apprenant que le groupe venait de l’Hexagone. Sur la pièce Way Out, le bassiste Timothée Gérard et le guitariste Julien Peultier ont aussi laissé leur marque.

Crédit photo: Sébastien Dion (Festival d’été de Québec) – Photo recadrée
Le style se rapproche parfois de Nine Inch Nails (Home), et la voix du chanteur peut faire penser à Liam Gallagher d’Oasis ou à Julian Casablancas, des Strokes.
À un moment du spectacle, Scherrer a laissé ses partenaires se charger de la musique, pendant qu’il se rendait dans la foule avec sa guitare, tantôt debout soutenu par quelques spectateurs, tantôt en body surfing. Ça prenait du cran et un peu de folie pour tenter ce coup.
La performance s’est conclue de belle façon avec The Big Picture, qui a mis en vedette la voix éraillée et un brin mélancolique du chanteur alsacien.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement