Le Trident reprend l’adaptation primée du Dom Juan de Molière créée par le metteur en scène français David Bobée, à Lille, une fresque aussi démesurée que la confiance de l’antihéros.
La célèbre introduction de Sganarelle sur le tabac s’étire devant les rideaux en faisant un parallèle avec le théâtre et en invitant tous les interprètes sur scène avant le début officiel de la pièce. Les longueurs commencent tôt.
Ce Sganarelle, incarné jusqu’au bout des orteils par l’attachant Shade Hardy Garvey Moungondo de la production originale, servira de pilier au spectacle, tout autant sinon plus que Dom Juan, très convaincant dans l’interprétation de David Bouchard. On doit au serviteur critique, mais résolument fidèle, une bonne partie de l’humour de la pièce.
La scénographie fait honneur à la légende du libertinage par un décor sans compromis impressionnant : une statue géante en ruine mettant bien en évidence le corps masculin, qui servira tantôt de mur, de siège, de promontoire, et même d’écran de projection. Les rappels aux grandeurs perdues de l’Antiquité se multiplieront au fil de la pièce, jusqu’à encombrer presque toute la scène, présageant la chute inévitable du séducteur.
Si la première partie (après laquelle il aurait été aisé d’insérer un entracte dans le spectacle de 2 h 45) montre bien les mécanismes de séduction de Dom Juan, la deuxième s’attarde (assez longuement) sur sa descente littérale aux enfers, chaque visite imprévue enfonçant un clou dans le cercueil. On essaiera jusqu’à la fin de sauver son âme et, chaque fois, le libertin restera campé dans son absence de foi et de scrupules.
Bobée prend plusieurs libertés entre les lignes du texte pour mieux (trop?) illustrer la déchéance du protagoniste. On pourra remettre en question certains choix, comme celui de faire parler les paysans dans une autre langue, forçant le public à lever les yeux vers les surtitres, ou celui de faire faire des rénovations au héros pendant un dialogue.
Au final, tout était réuni pour faire de cette adaptation un chef-d’œuvre, mais, à trop vouloir étirer la sauce, on en perd le goût.
Les statues continueront de tomber au Grand Théâtre jusqu’au 10 octobre.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement