Plusieurs voisins immédiats de l’immeuble de 12 étages qui sera construit à côté de l’édifice Catherine-De Longpré expriment des appréhensions sur la quiétude de leur quartier résidentiel. D’autres s’interrogent sur l’absence d’espaces réservés aux enfants dans le projet, qui inclut aussi la requalification des anciens bureaux du ministère de la Santé. 222 logements sociaux et abordables sont prévus dans les deux édifices.
Un peu plus d’une quarantaine de personnes assistaient mercredi soir à une consultation publique entourant le projet immobilier Le Longpré, au Centre des Loisirs Saint-Sacrement, sur le boulevard de l’Entente.
Cette rencontre faisait suite à une annonce datant de juin dernier concernant la conversion de l’immeuble à bureaux de 16 étages situé au 1075, chemin Sainte-Foy, en projet de logements. Un nouvel édifice de 12 étages serait également construit sur l’espace de stationnement situé du côté de l’avenue Cardinal-Rouleau.

Crédit photo: Simon Bélanger
222 logements hors marché
D’entrée de jeu, les représentants de la Ville de Québec ont rappelé quelques statistiques sur la situation globale du logement à Québec. 2 900 ménages seraient notamment en attente d’un logement subventionné, ce qui représente une hausse de 50% entre 2021 et 2025.
Actuellement, 12% du parc locatif est constitué de logements sociaux, ce qui correspond à plus de 18 000 logements sur le territoire. L’administration municipale inscrit le projet Le Longpré à l’intérieur de son Plan de mise en œuvre accélérée 2023-2026 de la Vision de l’habitation, qui insiste sur la réalisation de nouveaux projets de logements sociaux et abordables.
Au total, Le Longpré inclura 63 logements subventionnés, qui bénéficieront donc du Programme de supplément au loyer (PSL). 41 logements abordables, dont le coût des loyers est plafonné par la Société d’habitation du Québec (SHQ), sont inclus. Finalement, les 118 logements restants s’inscrivent dans la catégorie «abordable intermédiaire», ce qui correspond à «150% du loyer abordable», mais qui se situe légèrement sous les coûts du marché actuel.
Le bâtiment actuel accueillera 148 logements, tandis que le nouvel édifice de 12 étages en comptera 74. 106 unités seront des 3 1/2, 67 unités seront des 4 1/2 et les 49 unités restantes seront des 5 1/2. Il n’y aura pas de rez-de-chaussée commercial. Le projet doit comprendre une salle communautaire pour les résidents.
Le coût de loyer pour les 3 1/2 les moins chers est estimé à 931$, tandis que les logements abordables intermédiaires tournent autour de 1397$/mois.

Crédit photo: BMD architectes
La nouvelle construction nécessitera l’abattage d’au moins sept arbres. Six autres arbres seront potentiellement conservés, mais leur sort dépendra de leur état de santé actuel. 15 nouveaux arbres seront cependant plantés. 33% du terrain sera constitué d’espaces végétalisés.
Raphaël Lamarre, de BMD Architectes, estime finalement que l’ajout du nouveau bâtiment occasionnera «peu d’ombrage additionnel significatif sur les propriétés voisines».
Le projet Le Longpré est porté par l’organisme à but non lucratif (OBNL) Socialim, en collaboration avec l’Office municipal d’habitation de Québec (OMHQ). Socialim est propriétaire de l’édifice, tandis que l’OMHQ sera en charge de la gestion.
Le CPE Feu Vert a quant à lui été relocalisé du côté de la Cité Verte.
Dérogations et conditions de réalisation
Pour réaliser le projet, des autorisations spéciales doivent être accordées via une résolution au conseil municipal, puis au conseil d’agglomération. L’article 145.5 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permet l‘autorisation d’un projet qui déroge à la réglementation d’urbanisme par une résolution du conseil municipal s’il comprend au moins trois logements et est majoritairement résidentiel.
Actuellement, la réglementation permet une hauteur maximale de 16 mètres sur le terrain qui accueillera le nouvel immeuble. Celui-ci doit atteindre 45 mètres. Les autres modifications touchent l’ajout de cases de stationnement en façade pour les personnes en situation de handicap et l’implantation d’une aire de stationnement souterraine à 0 m de la ligne avant du lot.
Le stationnement souterrain sera réutilisé et comptera 60 cases, en plus d’une case extérieure. 18 cases actuelles doivent être éliminées.
Pour autoriser le projet, l’administration municipale demande plusieurs contreparties au promoteur. La première touche l’aménagement et le maintien d’au moins 200 logements sociaux. Le projet comprendra aussi une toiture blanche. La façade au rez-de-chaussée donnant sur le chemin Sainte-Foy doit être vitrée à au moins 25%.
Le revêtement extérieur du nouvel édifice doit comprendre au moins 70% de brique d’argile de teinte rougeâtre. Les équipements mécaniques sur le toit ou au sol se trouveront derrière un écran végétalisé. Une haie dense se trouvera aussi à la limite du lot voisin.
Pour favoriser le transport actif, on doit aussi trouver au moins 60 espaces de stationnement pour les vélos. On souligne aussi la proximité du site avec des axes stratégiques de transport en commun, incluant le Corridor VivaCité du chemin Sainte-Foy, les lignes d’autobus 807 et 802, ainsi que la future station Saint-Charles-Garnier du tramway.

Crédit photo: Simon Bélanger
Circulation et espaces pour enfants
Durant la période de questions et commentaires du public, plusieurs futurs voisins du projet ont exprimé de vives inquiétudes face à l’impact du nouvel édifice de 12 étages. La plupart ont cependant salué la transformation de l’édifice actuel en projet locatif.
Pierre Lefebvre, qui réside sur l’avenue du Cardinal-Rouleau depuis environ 20 ans, est l’un de ceux-là.
« C’est un projet qui m’embête. Je suis sensible à la question du logement social et je suis très positif avec le projet de réaménagement de l’édifice Catherine-De Longpré, mais l’autre m’embête. Ça va créer un effet d’étouffement dans notre quartier résidentiel, où des familles sont installées », explique-t-il.
Après avoir exprimé sa «déception» et son «refus du projet», M. Lefebvre a reçu les premiers applaudissements de la foule, signe que les opposants semblaient plus nombreux.
Plusieurs, dont M. Lefebvre, ont aussi évoqué des craintes face à une augmentation de la circulation automobile dans leur secteur et une pression accrue sur le stationnement sur rue.
Audrey-Ann Fillion, urbaniste à la Ville de Québec, a indiqué que les futurs résidents auraient seulement accès au stationnement souterrain, et ne devraient pas avoir accès à des vignettes de stationnement sur rue, rappelant que la plupart n’auront pas de voiture.
«Une réflexion est faite pour ne pas augmenter le nombre de stationnements sur rue. Ils seront priorisés pour ceux qui sont déjà là», explique-t-elle.
L’absence apparente d’espaces réservés pour les enfants semble aussi préoccuper certains résidents. Ils auraient préféré que le stationnement actuel soit transformé en espace de verdure.
Candido Dias, conseiller en développement immobilier et partenariats, répond que des efforts seront mis pour «essayer d’avoir des aménagements pour des familles». Il soutient toutefois que «l’agrandissement est nécessaire pour fiabiliser le projet».
«Le gouvernement nous a vendu l’immeuble. Pour offrir des logements abordables, il faut densifier», affirme M. Dias.

Crédit photo: Simon Bélanger
Quiétude du quartier et infrastructures souterraines
D’autres résidents craignent que l’arrivée de ces 222 nouveaux ménages ne vienne déranger la quiétude de leur quartier résidentiel.
Un des citoyens s’est inquiété du pourcentage consacré aux logements sociaux. Il constate actuellement une recrudescence de vols et de méfaits dans Saint-Sacrement.
L’urbaniste Audrey-Ann Fillion a tenu à rappeler que l’ajout de logements sociaux n’entraînait pas une augmentation de la criminalité. De son côté, la conseillère municipale du district de Montcalm—Saint-Sacrement, Catherine Vallières-Roland, a rappelé que l’ajout de ce type de logements était une réponse à la crise de l’itinérance et à l’augmentation du coût de la vie.
«C’est une raison pourquoi on investit autant dans le logement, comme c’est une solution pour sortir les gens de la rue. Les gens qui ont besoin de logements sociaux abordables, ce sont des travailleurs. C’est important d’offrir des options», soutient-elle.
D’autres citoyens ont aussi fait part de leurs inquiétudes face à l’impact de ces nouveaux logements sur la capacité des infrastructures souterraines. Ils craignent une trop forte pression sur les canalisations.
L’architecte Raphaël Lamarre indique qu’un bassin de rétention permettra de retenir l’eau avant qu’elle n’aille rejoindre le réseau souterrain. Pour lui, l’impact sera moins grand avec les 222 nouveaux logements que lorsque les bureaux étaient tous occupés.

Crédit photo: Simon Bélanger
Échéancier
Le 31 août, le curetage intérieur de l’immeuble à bureaux a débuté, ce qui implique notamment du désamiantage. À la suite de la consultation de mercredi, les citoyens ont jusqu’au samedi 19 septembre pour participer à la consultation en ligne.
Puis, le 6 ou le 20 octobre, le conseil municipal procédera à l’adoption de la résolution, avec ou sans modification. Le conseil d’agglomération s’exprimera ensuite le lendemain.
Si toutes les autorisations sont accordées, l’enveloppe existante du bâtiment actuel sera rénovée cet automne. Le tout sera suivi par le début de l’excavation pour le nouvel édifice au printemps 2027. À l’hiver prochain, les travaux seront terminés sur le bâtiment actuel. La construction du deuxième bâtiment doit se conclure au printemps 2028, pour une livraison finale à l’automne 2028.
L’investissement total est évalué à 79,2 M$, dont un montant de 7,5 M$ provient de la Ville de Québec. Les autres paliers gouvernementaux investissent aussi dans le projet.
Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Source : Monmontcalm (Monquartier) — Montcalm/Saint-Sacrement