Des jeunes interpellent les candidats

Des jeunes ont parlé de leur vécu et ont fait des demandes à une dizaine de candidats, lundi matin, à l’occasion du passage de la caravane électorale de la Coalition Interjeunes au Centre résidentiel et communautaire Jacques-Cartier (CJC).

Accès au logement

Une jeune mère de 26 ans, Alicia, a d’abord raconté les nombreuses démarches qu’elle a dû réaliser pour obtenir un logement subventionné par le Programme de supplément au loyer (PSL). Son statut était pourtant prioritaire. Ses trois enfants âgés de 4, 5 et 7 ans n’avaient pas de chambre à eux durant les sept mois qu’ont duré les procédures.

Alicia a donc vécu une période d’instabilité résidentielle. Elle a dû habiter avec une amie. Deux adultes et six enfants vivaient alors dans la même maison.

« Pendant sept mois, mes enfants me demandaient quand ils allaient avoir une maison et leur propre chambre. Moi, à tous les jours, je pleurais », a-t-elle témoigné.

Alicia demande que le droit au logement soit inscrit dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Un résident du Centre Jacques-Cartier, Zach, a insisté sur l’importance de consulter les jeunes plus régulièrement.
Crédit photo: Thomas Verret

Revenu de base

Mickael a quant à lui parlé d’itinérance jeunesse, de santé mentale et de revenu de base.

Il vient d’un milieu où il y avait beaucoup de violence. « Mes parents n’étaient pas aptes à s’occuper de moi en raison de la drogue et de plein d’autres affaires », a-t-il relaté.

Mickael a dû être placé à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). De sa naissance jusqu’à sa majorité, il a enchaîné les placements.

« À 18 ans, on m’a donné deux sacs de vidange et on m’a mis à la porte. On m’a dit : “arrange-toi”. »

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Il s’est alors retrouvé dans la rue : « seul, pas de revenu, pas d’ami, fuckall, rien ».

« Ça a été une passe extrêmement difficile. Honnêtement, j’ai tout fait pour m’en sortir et j’ai eu beaucoup de misère. »

Aujourd’hui, Mickael reçoit 845 $ par mois en prestations d’aide sociale.

Après une longue période d’itinérance, incluant de l’itinérance cachée, il souhaite la construction de davantage de logements sociaux au Québec et un meilleur accès au PSL, afin d’éviter que d’autres jeunes se retrouvent à la rue.

Santé mentale

Mickael désire également que le gouvernement du Québec investisse davantage dans la santé mentale et l’accès aux services, particulièrement pour mieux soutenir les jeunes qui vivent des situations difficiles.

Ulrika aimerait aussi entendre davantage parler de cet enjeu durant la présente campagne électorale.

« J’aimerais que les partis se prononcent là-dessus », a expliqué la Trifluvienne en entrevue avec Monsaintroch.

La jeune femme de 21 ans explique que son premier signalement a été fait à deux jours et qu’elle a été placée pour la première fois à 10 mois. Elle réside aujourd’hui dans un logement subventionné par le PSL et ne paie pas plus de 25 % de son revenu pour se loger.

Quand Ulrika Lupien a appris que la caravane de la Coalition Interjeunes effectuait son deuxième arrêt à Québec, elle s’est assurée de pouvoir participer à l’événement.
Crédit photo: Thomas Verret

L’adaptation scolaire

Pour sa part, Marie-Joëlle a décrit son parcours en tant que personne atteinte du spectre de l’autisme.

Au cours de ses huit années dans le réseau public de l’éducation, elle a eu l’impression que personne ne croyait en ses capacités.

« On m’a mis des bâtons dans les roues et on m’a dit que je n’allais rien faire dans la vie. »

Aujourd’hui, elle a complété cinq stages reconnus par le ministère de l’Éducation.

« Le ministre de l’Éducation les a reconnus », a-t-elle lancé fièrement.

Intimidation

Pendant ses études, Marie-Joëlle a également été victime d’intimidation et d’isolement. À la maison, « ça n’allait pas bien non plus ». Elle a confié avoir traversé une période particulièrement difficile, au point de vouloir mettre fin à ses jours.

« Je n’avais pas d’endroit à l’école pour me sentir en sécurité. »

Elle affirme n’avoir reçu aucun encouragement de ses professeurs et être restée seule dans son coin. C’est en fréquentant l’organisme CAPAB qu’elle a graduellement repris confiance en ses moyens.

« Ce qui manque dans nos écoles, c’est une formation de TES qui comprennent que certains élèves ne fittent pas dans le cadre scolaire », estime la jeune femme native de Longueuil.

« Moi, j’apprends différemment. Je ne fitte pas dans un carré, je fitte dans un cercle. »

Heidi, un homme trans âgé de 17 ans, a également été victime d’intimidation dès le primaire. Au secondaire, des élèves l’ont menacé et harcelé. Ce dernier a finalement décidé de mettre fin à ses études parce qu’il ne se sentait plus en sécurité.

Il croit que les écoles ne devraient pas avoir chacune leur propre mode de fonctionnement contre l’intimidation.

« Je sais qu’il y a un plan de lutte contre l’intimidation, mais on laisse les écoles avoir des fonctionnements différents. »

Noah est aussi un homme trans. Il raconte qu’en 2015, il a vu son droit à l’éducation refusé lorsqu’il a annoncé vouloir faire son coming-out et prendre une direction différente.

« À ce moment-là, j’ai pris la décision triste, mais qui me rend fier aujourd’hui, celle de quitter l’école pour mon bien-être, parce qu’ils ne m’acceptaient pas et donc de faire mon propre chemin dans la société. »

Noah considère que les droits sont reconnus au Canada et au Québec. Il déplore toutefois que leur application se fasse encore au cas par cas. Pour lui, cette façon de faire peut devenir dangereuse lorsqu’elle laisse les décideurs interpréter les droits différemment selon les situations.

« C’est très dangereux […] et ça touche toutes les personnes qui sont touchées par la diversité. »

« Il faut rendre les droits et ces enjeux-là (de diversité) règlementés, encadrés, discutés publiquement, dans la vie de tous les jours. Il faut arrêter de dénigrer. C’est votre travail », a martelé Noah.
Crédit photo: Thomas Verret

L’apport des organismes communautaires

Tous les jeunes qui ont parlé au micro lundi ont témoigné de l’importance des organismes dans leur parcours.

« C’est grâce aux organismes communautaires que je m’en suis sorti, c’est grâce à eux si j’ai un logement aujourd’hui. C’est un pilier, un besoin essentiel », a souligné Mickael.

Gabrielle Dumont, agente de formation au volet résidentiel au CJC, rapporte que plusieurs locataires se sont eux-mêmes mobilisés pour préparer leur prise de parole.

« C’est vraiment venu de leur propre volonté. Les jeunes adultes s’intéressent plus qu’on ne le pense à la politique », observe-t-elle.

Elle fait aussi valoir que la rencontre permet aux candidats de « prendre le pouls » des réalités vécues par les jeunes.

La directrice générale de la Coalition Interjeunes, Jennifer Robillard, était émue de voir autant de personnes réunies dans le quartier Saint-Roch. La Coalition regroupe 468 organismes communautaires jeunesse partout au Québec.

« Écoutez ces jeunes, entendez ce qu’ils disent et surtout, engagez-vous à agir et à poser des actions concrètes envers notre jeunesse », a-t-elle déclaré.

Source : Monsaintroch (Monquartier) — Saint-Roch

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