La COOP Lavande est un projet de logement abordable et queer en développement dans le quartier Saint-Sauveur. Bien que le projet en soit encore à ses débuts, il s’est doté d’un conseil d’administration.
La COOP Lavande souhaite fournir du logement social aux personnes queers de Saint-Sauveur. « Queer », d’abord utilisé comme terme péjoratif, désigne l’ensemble des individus ayant une orientation sexuelle ou une identité de genre autre qu’hétérosexuelle et cisgenre.
Le projet a fait ses premiers pas concrets en fondant un comité d’administration composé de 6 membres, dont Sam Rochette à la présidence. COOP Lavande souhaite être un endroit sûr pour ces individus faisant souvent face à de la discrimination.
« Ça arrive que quand tu vas visiter des logements avec ta blonde et que tu es lesbienne, ou avec ton chum et que tu es gai, tu vas te faire refuser la place. Si tu es trans et que ton changement de nom n’est peut-être pas à la place où tu voudrais, les propriétaires, des fois, vont dire “je ne me mêle pas de ça”. Bref, les personnes queers sont plus vulnérables pour l’accès au logement », soutient le président de la COOP Lavande.
Une coop aux facettes multiples
COOP Lavande a défini trois valeurs principales pour guider son architecture ainsi que son fonctionnement.
D’abord, elle veut incarner la sollicitude communautaire. Cela sera visible notamment par un espace tierce, accessible aux personnes résidentes comme aux non-résidentes, et qui permettra de tisser des liens dans la communauté.
Ensuite, la coopérative se veut inclusive, avec des logements adaptés aux handicaps, des logements pour personnes seules et d’autres pour des familles.
Enfin, la dernière valeur s’incarne dans la justice environnementale. Pour le conseil d’administration, il s’agit de prendre soin de la communauté « dans le présent, mais aussi dans le futur », conclut la présidente.
Pour l’instant, la COOP Lavande n’a pas de terrain ou de bâtiment sélectionné, mais Sam Rochette a un rêve : le terrain vague de la rue de Verdun. « Ce terrain-là est immense et il n’y a rien dessus. Il est un peu dans un no man’s land […], mais ça, c’est une incroyable opportunité pour créer un petit quartier à 15 minutes ou de créer des services qui n’existent pas, qui ne sont pas là. »
Ce terrain, où se trouvait une usine à gaz, est aujourd’hui contaminé. Il a aussi servi de parc à chiens informel. Lors de la dernière campagne électorale, le maire Bruno Marchand annonçait son souhait d’y «créer un quartier mixte à moyenne densité, si les opérations de décontamination le permettent».

Crédit photo: Simon Bélanger (photo d’archives)
Prendre action
Il y a quelques années, l’idée d’une forme de logement inclusif est d’abord venue à Sam Rochette et Laura Doyle Péan, également membre du CA. L’envie était alors vague.
Toutefois, ce n’est resté qu’une idée jusqu’en 2024.
« À la réélection de Trump, j’ai vécu une grosse vague de désespoir et de fin du monde. […] Puis, c’est vraiment ce qui m’a poussé à vouloir faire quelque chose », raconte Sam Rochette.
Iel a donc « ramassé une petite gang » et le hasard a fait que la majorité était des personnes queers. De là est né le projet d’une coopérative d’habitation queer dans Saint-Sauveur, leur « petit bout de quartier ».

Crédit photo: Élisa Marchildon
Jusqu’à maintenant, les réactions sont variées. Les commentaires négatifs se sont concentrés sur les réseaux sociaux, sans surprise pour le président du CA.
« Qu’on le veuille ou non, dans les dernières années, il y a la montée de l’extrême-droite, la montée du fascisme, la montée de l’homophobie, la transphobie, la queerphobie en général. Ça se fait sentir plus dans les commentaires de Facebook », déplore Sam Rochette.
Au quotidien, Sam Rochette remarque davantage de la déception, face au fait que le projet soit réservé aux personnes queers, plutôt que de l’antagonisme. Selon la présidente, cela en dit plus sur la popularité des coopératives d’habitation, et leur rareté, que sur le projet COOP Lavande en lui-même. Autrement, la réponse à la COOP Lavande a été « glorieuse » chez les commerçants, individus et organismes rencontrés.
Pas de « certificat » queer
« On ne va pas te demander ton certificat de coming out. On croit vraiment au pouvoir de l’autodétermination par rapport à ton identité, parce qu’on n’a pas à décider si tu es assez queer », rassure le fondateur par rapport au processus de sélection.
Cette décision vient aussi avec la valeur d’inclusivité prônée par la COOP Lavande. La sexualité et le genre sont fluides et peuvent changer au cours d’une vie. De plus, la coopérative veut accueillir des familles et il serait impossible pour le conseil d’administration d’exiger que chaque membre de celle-ci soit queer.
La COOP Lavande aura donc un processus de sélection comme les autres coopératives. Dans le pire des cas, « il y a une personne cisgenre et hétérosexuelle qui vit dans la coop queer, parce qu’on a donné du logement à une personne… Oh non », s’exclame-t-iel sarcastiquement.
Un jour à la fois
Bâtir une coopérative en 2026 n’est toutefois pas une mince affaire, Sam Rochette en est consciente. « Du début à la fin, au moment où tu emménages dans ta coop, ça fait [en moyenne] 7 ans que tu travailles dessus. Sachant qu’on se fait dire que c’est impossible et qu’il n’y a littéralement aucune subvention pour le logement social en ce moment […], on s’enligne sur un projet de très longue haleine. »

Crédit photo: COOP Lavande
Toutefois, selon iel, l’équipe ne manque pas de patience et est prête à attendre une opportunité, voir en créer. De plus, le long parcours qui les attend permet également de mieux apprécier et célébrer chaque réussite.
En attendant, les tâches et décisions importantes s’accumulent pour la petite équipe. Elle doit décider si elle veut s’intégrer à une coopérative déjà existante ou trouver un développeur qualifié qui agira comme certitude de financement, d’un terrain ou d’un bâtiment.
Une décision difficile, car COOP Lavande aimerait poursuivre l’aventure comme sa propre coopérative d’habitation pour garder son identité. Il est donc nécessaire de trouver un développeur qualifié « mais idéalement, ce n’est pas quelqu’un dans le privé parce que ça vient en conflit avec une mission de coopérative d’habitation. Donc, c’est un petit peu [complexe] », explique-t-iel.
Note de la rédaction : Sam Rochette (iel) a demandé l’utilisation du féminin et du masculin en alternance dans le texte.