Lors de la dernière assemblée du conseil de quartier, Lookman Sanfo, agent de cohésion sociale dans Saint-Sauveur, a présenté un rapport sur les dynamiques de cohabitation dans le quartier. Bien qu’offrant quelques pistes de solution, ce dernier permet surtout de mieux saisir le ressenti des différents groupes du secteur.
Dès le début de sa présentation, Lookman Sanfo a énuméré les acteurs ciblés par le rapport, soit les résidents, les commerçants, les organismes et les personnes en situation de précarité. Après un travail terrain d’un peu plus d’un an, ses conclusions se reposent sur les centaines d’individus rencontrés depuis son entrée en poste.
Parmi les éléments les plus notables, il a remarqué une relation différente à la précarité entre les anciens et les nouveaux résidents. Les habitants de longue date, souvent à faible revenu, voient dans les personnes précaires d’anciens voisins, ou estiment que cette situation pourrait leur arriver. À l’opposé, les nouveaux résidents, plus aisés, venus chercher un « quartier village » dans Saint-Sauveur, vivent davantage un sentiment de malaise.
Pendant ce temps, les personnes précaires ressentent ce regard négatif et rapportent ne pas se sentir comme « des citoyens à part entière », a constaté Lookman Sanfo lors de ses rencontres.
La plupart de ces individus viennent chercher un répit dans Saint-Sauveur. Toutefois, « il manque véritablement de lieux où ils sont tolérés », explique l’agent de cohésion sociale.
Faire face à l’impuissance
La présence de personnes en situation de précarité dans ces espaces crée un sentiment d’insécurité et d’impuissance chez les résidents. Cela conduit à l’évitement de certains lieux, particulièrement le soir, mais se traduit aussi par des comportements d’exclusion.
Ce sentiment d’impuissance existe chez les commerçants. Plusieurs ont envie d’aider, mais craignent qu’on abuse de leur gentillesse. Puis, lors d’intoxication, le réflexe est encore d’appeler le 911, ce qui ne fait qu’augmenter les tensions, selon Lookman Sanfo.
Pour répondre à ce réflexe, Lookman Sanfo a distribué des outils aux commerçants.
Ce sont « des arbres décisionnels […] qui leur permettent de savoir l’instant où on est face à une personne en situation de vulnérabilité, une situation violente par exemple […], qu’est-ce qu’on fait pour éviter l’escalade ».

Crédit photo: Élisa Marchildon
Présente à l’assemblée du conseil de quartier, une travailleuse de milieu chez Commun’action 0-5 ressent ce même sentiment auprès des locataires des HLM de Saint-Sauveur.
« On essaie vraiment d’amener les notions de tolérance, de bienveillance et d’entraide, [mais] il n’y a pas de sécurité dans les immeubles, donc beaucoup de gens peuvent entrer. […] On [n’arrive] pas à des solutions concrètes et je sens que c’est ça dont les gens ont le plus besoin», soutient-elle.
François et Sylvie, deux travailleurs de la Maison Revivre présents dans le public, ont présenté différentes pistes. Pour eux, les solutions reviennent finalement aux ressources disponibles comme la Maison Revivre, le Bastion nouvellement ouvert, Lauberivière ou les travailleurs de rue.
Un quartier avec toujours plus de frictions
Il faut dire que le quartier a évolué vers une dynamique plus complexe dans les dernières années. Le nombre de foyers aisés a augmenté, créant des tensions avec les résidents de longue date ainsi que les personnes en situation de précarité, qui sont de plus en plus nombreuses.
Lookman Sanfo résume la situation en « un jeu de miroir où chaque acteur s’inquiète du regard qui est porté par les autres sur lui, et en même temps, refuse l’image qui lui est renvoyée. Donc, on n’est pas prêts à accepter ce qui nous est renvoyé et chacun se jette la faute ».
C’est pour mieux comprendre et gérer ces frictions que la Table itinérance Saint-Sauveur, en collaboration avec le Service d’entraide Basse-Ville, a créé en 2025 le projet Cohabitons Saint-Sauveur, qui comprend le rôle d’agent de cohésion sociale.
« Mon rôle en tant qu’agent de cohésion sociale se résume en une phrase : être un lien entre tous ces groupes qui structurent la dynamique du quartier […] avec la volonté de transformer ce sentiment d’impuissance en un pouvoir d’agir collectivement », explique Lookman Sanfo.
Ce rapport et le travail d’agent de cohésion sociale sont une première étape pour apaiser certaines dynamique plus tendues dans Saint-Sauveur. Toutefois, Lookman Sanfo a tenu à rappeler que la meilleure façon d’améliorer la situation est « dans l’échange ».