C’est à l’École nationale de lutherie, sur la 3e Avenue, que Clément Nougé a réorienté son parcours vers un métier qui réunit ses deux passions : la musique et le travail du bois. Le natif de France veut maintenant développer son entreprise et s’établir au Québec de façon permanente.
Avant de se tourner vers la lutherie, Clément avait entrepris des études supérieures en informatique et en cybersécurité en France. Durant la pandémie, ce dernier a remis son parcours en question. Il a alors commencé à chercher un métier qui lui donnerait le goût de se lever chaque matin pour travailler et s’est naturellement intéressé aux différentes professions du domaine du bois.
C’est en consultant des fiches de métiers qu’il a découvert la lutherie.
« Je me suis dit que ça serait cool d’aller vers ça parce que ça regroupe deux passions », raconte le jeune homme originaire de Saumur, qui est musicien depuis l’enfance.
Une formation faite pour lui
Ses recherches l’ont finalement mené à l’École nationale de lutherie, logée au Centre de formation et de consultation en métiers d’art (CFCMA), un organisme sans but lucratif et un campus satellite affilié au Cégep Limoilou. Il y a commencé sa formation en 2022 et y a obtenu son diplôme en 2025.
L’établissement jouit d’une bonne réputation en France. Des luthiers auprès de qui il s’était renseigné lui en avaient parlé en bien.
La formation qu’il a suivie ne se limitait pas à la fabrication et à la réparation d’instruments. Elle lui a aussi permis d’acquérir des notions en entrepreneuriat et d’explorer le domaine des arts.
« Les professeurs sont tellement adorables au CFCMA qu’on se sent entouré, on se sent poussé vers l’avant, toujours. Les profs nous encouragent et ne nous rabaissent jamais. »
Les enseignants avaient chacun leur propre approche de la lutherie. Laurent St-Jacques, par exemple, lui a enseigné les bases de la fabrication traditionnelle.
« J’ai vraiment beaucoup aimé ses cours. »
Même après avoir obtenu son diplôme, Clément continue de profiter des équipements du CFCMA, ce que les finissants peuvent faire pendant deux ans. Il y travaille le week-end et en semaine quand les ateliers sont disponibles.
« Je suis vraiment heureux d’être arrivé là. »
Au CFCMA, il a apprécié le soutien offert aux étudiants qui éprouvent des difficultés.
« Ce que j’ai senti, c’est que dès que les profs voyaient qu’il y avait quelqu’un qui tombait, ils l’aidaient à se relever. Ils ne font pas les choses pour nous, ils ne sont pas là pour ça, mais ils nous aident à continuer d’avancer. »
Son expérience scolaire au Québec contraste avec ce qu’il avait vécu en France.
« L’éducation n’est pas du tout la même en France qu’au Québec », affirme-t-il.
Selon lui, au Québec, on encourage beaucoup les gens à faire de leur mieux.
Clément a occupé plusieurs emplois à Québec. Il a travaillé à la boutique Imaginaire, au Village des Valeurs et chez Frite Alors! Il travaille depuis peu chez Soupe & Cie.
Le jeune luthier a aménagé un atelier chez lui, dans le Vieux-Limoilou. Il s’est également procuré graduellement les outils nécessaires et accepte, pour le moment, de petits contrats auprès de son entourage.

Crédit photo: courtoisie de Clément Nougé
Dans le cadre de sa formation, il a fabriqué quatre guitares. Son intérêt pour les instruments ne se limite pas à la guitare.
Clément possède un banjo datant de 1929, un ngoni, une valiha et un dulcimer.
Il s’intéresse beaucoup au contexte historique et culturel des instruments.
« Il y a tout un contexte culturel autour de chaque instrument, même autour de la guitare, que j’ai envie d’explorer. »
Il entend partager ses connaissances sur les réseaux sociaux et prépare actuellement des vidéos pour présenter différents instruments, notamment africains.
Quand il travaille le bois, le temps s’arrête.
« Je me concentre tellement qu’il n’y a rien qui existe autour. C’est ça qui me plaît. Je peux passer des heures à l’atelier à faire quelque chose, parce que je suis dans un rythme, un mouvement qui est tellement naturel pour moi. »
En train de bâtir son entreprise
Clément souhaite développer son entreprise de lutherie. Il veut perfectionner ses modèles, fabriquer ses propres instruments et éventuellement les vendre. Il aimerait aussi travailler avec des musiciens, des écoles, des entreprises du milieu musical et des particuliers pour la restauration d’instruments.
« J’ai envie de créer des partenariats avec des artistes de tous types, de toutes cultures, pour qu’on se fasse rayonner l’un l’autre. »
Ses parents possèdent depuis une vingtaine d’années un restaurant à Saumur, dans les Pays de la Loire.
Il a déjà travaillé le bois avec un oncle, mais avoue qu’avant d’étudier au CFCMA, il ne savait dessiner que « des bonhommes bâton ».
La musique occupe également une place importante dans sa famille, notamment le reggae. Clément désire aujourd’hui se rapprocher de cet univers à travers son métier de luthier.

Crédit photo: courtoisie de Clément Nougé
L’ombre du PEQ
Le développement de son entreprise demeure toutefois lié à son statut d’immigrant.
Arrivé en 2022 avec un permis d’études, Clément dispose présentement d’un permis de travail ouvert postdiplôme valide pour trois ans. Dernièrement, il a déposé une demande dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), rouvert au cours de l’été après avoir été fermé en novembre dernier. Cette période d’incertitude a ralenti certains investissements qu’il comptait faire dans son atelier.
Installé à Québec depuis son arrivée au Canada, il apprécie son quotidien dans la ville. À plus long terme, il souhaiterait cependant avoir davantage d’espace pour travailler, idéalement dans la nature, sans s’isoler pour autant.
Il dit s’épanouir au Québec.
« Je me sens bien au Québec. J’aime ça. La culture québécoise, ça me plaît. »
Clément sent une différence dans les rapports humains.
« En France, je ressens rarement la chaleur humaine que je ressens au Québec. »
Source : Monlimoilou (Monquartier) — Limoilou