Circularité, art et technologie : la Fab ouvre à La Charpente des Fauves

Des bacs remplis de morceaux de plastique dans un coin, des machines multiples dans l’autre et, juste à côté, un espace rempli d’outils : voilà ce qu’est la Fab. Ce nouvel atelier de fabrication technologique circulaire et collaborative est cofondé par la compagnie Interférences, arts et technologies et La Charpente des Fauves.

Sous ses airs d’atelier plutôt standard, la Fab cache une idée centrale. Elle veut être un Fab Lab, ces ateliers de fabrication collaboratifs qui ont gagné en popularité au début des années 2010, mais avec plus de circularité dans l’utilisation des matériaux.

L’espace comprend une grande section avec tout le matériel nécessaire pour faire de la couture, de l’électronique ou encore de l’impression 3D. Le vrai bijou se cache toutefois dans une petite pièce attenante : un atelier de micro-recyclage du plastique.

Il a été réalisé à partir des informations de Precious Plastic. Cette initiative internationale partage notamment des contenus sur la façon de monter un atelier, de transformer le plastique et de le faire en toute sécurité. Le plastique transformé peut redevenir du filament pour faire de l’impression 3D, mais les utilisations sont innombrables.

Les plastiques récupérés sont déchiquetés et classés selon leur type. Par après, ils peuvent être fondus en plaques carrées (coin droit) ou en d’autres formes avec des moules.
Crédit photo: Élisa Marchildon

Puis, le plastique est une ressource facile d’accès.

« Juste aujourd’hui, je suis allé chercher une centaine de casques de construction, désuets à Expocité. Ils me les ont donnés », raconte Louis-Robert Bouchard, l’un des idéateurs du projet.

Depuis l’ouverture au début du mois de septembre, la Fab a accueilli deux résidences et les installations sont plus généralement accessibles aux artistes, sélectionnés au cas par cas.

Une idée en plusieurs morceaux

En 2022, Louis-Robert Bouchard organise un chantier de recherche sur l’utilisation des nouvelles technologies en art vivant. Lui et d’autres artistes expérimentent alors avec des filaments écoresponsables pour l’impression 3D.

« Puis, on est restés sur notre faim. Ça fait que j’étais allé chercher plus d’argent pour qu’on pousse ça plus loin. Puis, c’est à travers cette deuxième phase que j’ai découvert Precious Plastic. »

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La Fab récupère plusieurs plastiques, mais ceux-ci doivent être recyclables. De plus, ils doivent être purs, sans colle, car cela empêche la transformation en filament pour l’imprimante 3D.
Crédit photo: Élisa Marchildon

L’idée d’un Fab Lab circulaire s’est graduellement construite avec Marie-Renée Bourget Harvey, « une des pionnières de l’écoresponsabilité, de l’écoconception et de l’économie circulaire appliquée aux arts à Québec », Elisabeth Routhier de La Remise culturelle, un organisme d’économie circulaire et Annie Ferlatte de Communautique, un Fab Lab de Montréal.

Enfin, Émile Beauchemin, avec qui il avait déjà collaboré, et David Boily de La Charpente des Fauves ont accompagné Louis-Robert Bouchard pour créer l’espace physique, une addition bienvenue.

« Je n’avais pas prévu d’avoir un atelier fonctionnel comme ça à la fin de ce projet. Mais là, vu que La Charpente s’est impliquée dans le projet, ils ont pu amener les ressources qui manquaient pour rendre ça fonctionnel. »

Des réflexes à développer

Louis-Robert Bouchard perçoit la Fab actuelle comme « une v1, un prototype ». Toutefois, il sent le potentiel artistique de cette matière et de l’espace.

« Éventuellement, je voudrais faire des productions artistiques ici aussi. Faire des contrats pour d’autres, essayer d’avoir des partenaires plus institutionnels. Voir comment on peut développer, voir comment ces petits carrés-là peuvent servir pour une scénographie. »

Chaque machine permet un traitement différent du plastique. Par exemple, celle-ci permet de le graver. En général, le plastique transformé peut être sculpté et gravé par les mêmes outils qui travaillent le bois.
Crédit photo: Élisa Marchildon

Les connaissances développées à la Fab seront diffusées sur Le robinet, une plateforme gratuite lancée en 2024 par Interférences, arts et technologies. Parallèlement, la compagnie ainsi que La Remise culturelle et Communautique présentent une nouvelle base de données de matériaux alternatifs et à moindre impact pour les artistes.

Ces initiatives visent à éduquer encore davantage la population artistique aux Fab Labs, encore méconnus malgré leur présence un peu partout à travers la province, ainsi qu’à la circularité dans l’art.

« Les artistes sont habitués à la matière. Ils sont habitués avec leur matière, ils sont habitués avec leur façon de travailler, ils sont habitués avec leurs horaires, avec leur budget. Donc là, d’intégrer de quoi d’aussi complexe, ça prend quand même un certain temps. Mais déjà, moi, je suis super correct que je sois le premier, ils viendront après », conclut-il avec un sourire en coin.

Source : Monsaintroch (Monquartier) — Saint-Roch

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