Campagne RELIER : unis face à l’itinérance

Devant la hausse inquiétante du nombre de personnes en situation d’itinérance, des résidents, des organismes, des entreprises et des institutions unissent leurs voix pour réclamer des actions du gouvernement du Québec. Lancée en juin, la campagne RELIER rassemble déjà 145 organisations et plus de 1 600 personnes.

L’initiative est née du Comité cohabitation centre-ville, qui réunit des acteurs de différents secteurs préoccupés par l’augmentation de l’itinérance.

« L’espoir qu’on a, c’est d’unir nos forces et nos voix pour être capables d’être mieux entendus dans une situation qui se dégrade et qui a des effets importants sur plein de monde dans la société », explique la directrice générale de l’Engrenage Saint-Roch, Marie-Noëlle Béland.

Selon elle, l’itinérance concerne l’ensemble de la communauté et a des répercussions bien au-delà des personnes directement touchées.

« Ça dépasse Saint-Roch. Ce qu’on voit avec cette campagne-là, c’est qu’elle a un écho ailleurs à Québec et au Québec », ajoute-t-elle, soulignant l’appui d’acteurs de La Haute-Saint-Charles, de Beauport, de la Haute-Ville, de Saint-Sauveur et de Vanier.

Agir sur les causes

La campagne RELIER propose 15 mesures au gouvernement provincial pour s’attaquer aux causes de l’itinérance, notamment le logement, les revenus ainsi que l’accès aux services publics et communautaires.

Parmi les mesures suggérées figurent, entre autres, le développement massif du logement social et communautaire, l’amélioration de l’accès au logement et le renforcement des protections pour les locataires.

« Il faut agir sur tous les axes en même temps », martèle la directrice générale de l’Archipel d’Entraide, Odrée Couture-Bédard.

Mmes Béland et Couture-Bédard font valoir que des solutions sont déjà connues. Elles saluent également certaines mesures récemment mises en place, citant l’ouverture du nouveau centre intégré en santé mentale, dépendances et itinérance, Le Bastion, sur la côte du Palais.

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« On voulait relier l’itinérance à ses causes, et les causes nous ont amenés vers des pistes de solutions. Il y a des choses qui fonctionnent déjà. On n’est pas défaitistes du tout », précise la DG de l’Archipel d’Entraide, un organisme qui accompagne des personnes confrontées à des problèmes de dépendance, d’itinérance et de santé mentale.

Une mobilisation qui dépasse le milieu communautaire

La campagne RELIER rassemble des institutions, des organisations culturelles, syndicales et communautaires, de même que des commerces.

La brasserie artisanale La Korrigane, établie dans Saint-Roch depuis 16 ans, a joint sa voix au mouvement.

« C’est notre quartier. On est au cœur de tout ça et les personnes en situation d’itinérance, on les côtoie tous les jours », témoigne la directrice générale, Maude Turcotte, qui travaille pour l’entreprise depuis 14 ans.

Cette dernière raconte être régulièrement témoin de la réalité de l’itinérance, alors que des personnes dorment dans le portique de la brasserie durant l’hiver.

« Ce n’est pas normal que ça soit devenu la normalité d’enjamber une personne en situation d’itinérance pour aller travailler. Ça m’a vraiment brisé le cœur », confie-t-elle.

À ses yeux, les interventions d’urgence sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas.

« C’est bien beau d’ouvrir des endroits où ils peuvent aller dormir le soir, mais on met des plasters et ça ne règle pas le problème en profondeur. »

Travailler sur le vivre-ensemble

La directrice générale de La Korrigane observe aussi que la perception du quartier a changé dans les dernières années.

« Quand tu tapes Saint-Roch sur Internet, ce que tu lis dans les médias, c’est que ce n’est pas sécuritaire, qu’il y a de l’itinérance, du grabuge… Pourtant, il y a tellement de belles choses dans Saint-Roch », insiste Maude Turcotte.

Elle remarque que les enjeux vécus dans le quartier sont plus complexes, avec la montée des problèmes de santé mentale et de consommation de drogues.

« Oui, il y a toujours eu des personnes itinérantes dans Saint-Roch, mais aujourd’hui, les cas sont plus lourds. »

Mme Turcotte note néanmoins de bonnes choses qui se font dans le secteur, saluant la présence de l’équipe MULTI du Service de police de la Ville de Québec et la Brigade propreté : « Il y a du positif dans Saint-Roch, tout plein de belles choses qui se passent. C’est juste que l’exposure présentement est négative ».

Pour sa part, La Korrigane n’envisage pas de quitter le quartier.

« On aime Saint-Roch », dit la directrice, qui évoque la diversité, ce mélange qui rend le quartier si unique.

Une campagne tournée vers les élections

À l’approche des élections provinciales, la campagne RELIER interpelle tous les partis politiques et leurs candidats.

« Le but premier de cette campagne-là, c’est de s’adresser aux partis et aux candidats à l’élection », rappelle Marie-Noëlle Béland de l’Engrenage Saint-Roch.

À l’automne, des rencontres seront organisées avec des formations politiques afin de discuter de leurs engagements et de leur présenter des pistes de solutions.

En septembre, un rassemblement est également prévu devant l’Assemblée nationale, où une immense ribambelle symbolisera les liens créés par la campagne.

« Relier, on souhaite que ça soit la campagne de tout le monde, que tout le monde puisse se l’approprier », conclut Mme Béland.

Source : Monsaintroch (Monquartier) — Saint-Roch

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